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Audrey Pulvar : « la littérature me met complètement à nu »

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Interpeller une personnalité sur son rapport aux livres n’est pas chose si aisée. Souvent ces dernières, malgré un parcours remarquable dans leurs disciplines respectives, ont des réticences à parler de livres. Peur de ne pas être légitimes. Audrey Pulvar, elle, adore parler de livres. Elle en parle avec gourmandise, délectation, et ravissement. La discussion pourrait durer et ne jamais s’arrêter. Nous n'avions d'ailleurs pas envie de nous séparer. Après la rencontre des SMS furent échangés sur les différentes lectures en cours ou à venir.

Ernest Mag Pulvar Fnac

Audrey Pulvar et David Medioni, au Forum Fnac Livres 2017.

Audrey Pulvar a été journaliste à la télévision sur France 3, à France Inter, puis chroniqueuse du samedi soir chez Ruquier,  directrice des Inrockuptibles, mais aussi membre de l'émission d'infotainment de Laurence Ferrari sur D8. Un parcours protéiforme qui dit, aussi, le côté passionné d'Audrey Pulvar. Elle agit selon ses envies et ses coups de cœur.  Toutefois, parfois l'image que l'on peut retenir d'elle est celle d'une personne - un poil - superficielle. Clairement, il n'en est rien. Parler avec Audrey Pulvar de son rapport aux livres, c'est comprendre la complexité du personnage. Ses forces et ses faiblesses. Ses outils, aussi. Ceux qui lui permettent d'avancer dans la vie. Aujourd'hui Audrey Pulvar a quitté le journalisme politique pour la Fondation Nicolas Hulot - Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH) qu'elle préside et au sein de laquelle elle défend - évidemment - une prise de conscience écologique toujours plus grande, mais aussi plus largement une prise en compte de nouveaux indicateurs de développement. Combat politique et humaniste qui rejoint en partie ceux des auteures qu'elle vénère. Audrey Pulvar a aussi écrit. Un roman initiatique "l'Enfant-bois" au Mercure de France, un essai "La femme" chez Flammarion et deux livres sur ces personnalités - femmes libres et hommes libres - qui ont fait ce qu'elle est devenue. Des livres passionnants à plus d'un titre et notamment par ce qu'ils fond découvrir des personnalités comme Nina Simone par exemple.

Ainsi, avec Audrey Pulvar, il fut donc question de littérature. De celle qui nous fait vaciller sur nos bases. De celle qui construit et qui laisse une trace sur notre corps ou dans notre esprit. Ce fut un voyage littéraire exquis avec des escales chez John Irving, Patrick Chamoiseau, Toni Morrison, ou encore René Char, James Ellroy et Herbert Liberman. En route pour ce voyage entre les lignes de milliers de pages.

Comment qualifieriez-vous votre relation avec les livres ?

Audrey Pulvar : Complètement passionnelle. Pour moi le livre est une chance. Tous les jours, je me dis que j’ai eu une chance immense de ne pas naître aujourd’hui, mais de naître à une époque où le livre avait encore une place dans la vie des gens. Où les sur-sollicitions n’existaient pas. Le téléphone portable n’existait pas. Ma grand-mère m’a appris à lire quand j’avais quatre ans et j’ai eu le cadeau immense d’aimer cela et d’avoir ce plaisir de la lecture. Aimer lire est vraiment une chance et une bénédiction. Ce que cela apporte est tellement puissant. Pour cela, il faut avoir rencontré le livre, rencontré l’objet. En fait, quand j’étais enfant j’ai beaucoup lu. Même des livres plus complexes que ce que lisent les enfants en général.

Par exemple ?Ernest Mag Pere Goriot

J’ai dû lire mon premier Balzac vers neuf ans et demi. Je suis tombée dedans. J’ai adoré Balzac que j'ai lu durant toute mon  adolescence. Je me souviens encore de l’édition reliée du Père Goriot et de la Peau de Chagrin offerte par ma grand-mère… A l’adolescence, j’ai aussi lu les grands classiques européens : Zola, Stendhal, Maupassant… A l’époque j’étais en Martinique et donc avec une influence sud américaine. J’ai eu une période avec Garcia Marques, Vargas Llosa, Isabel Allende, puis Irving Faulkner, Joyce Carol Oates. Au moment de mes études, j’ai commencé à lire beaucoup de livres politiques. Aujourd’hui, je lis plus que la moyenne, mais moins qu’avant. D’abord, parce que je passe mon temps à travailler, ensuite parce que les séries télé sont chronophages ! Mon époque professionnelle bénie fut lorsque j’étais à France Inter où tous les jours je présentais un livre même si le côté plaisir de la lecture était un peu affadi.

"J'aime penser que les poètes sont les législateurs secrets du monde"

Il faut rencontrer l’objet livre disiez-vous…Quel est le premier livre que vous avez rencontré ?

Balzac a vraiment été une découverte. Avant cela, j’ai lu Alice, le. Club des Cinq ou Oui-Oui. Mais on ne découvre pas véritablement l’objet livre comme cela. Vers 7-8 ans j’ai eu envie d’autre chose et là j’ai découvert les contes des 1001 nuits. Ce fut un grand moment. Alexandre Dumas aussi.

C’est quoi un livre réussi pour vous ?

C’est un livre universel. C’est de la littérature déjà. Je pense que c’est un livre qui touche quelque soit l’endroit où on le lit. C’est un livre qui réveille quelque chose en nous. C’est un peu comme un Charlie Chaplin. Chaplin vous le mettez dans n’importe quel endroit du monde, dans n’importe quelle culture, devant des gens de n’importe quel âge, cela fonctionne car il touche quelque chose aux tréfonds de l’être humain.