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Adeline Fleury : « Jouir rend forte »

Adeline Fleury 14

Petit éloge de la jouissance féminine, c'est le titre du très beau livre d'Adeline Fleury. Évidemment, il serait aisé de se dire qu'après la lame de fond #balancetonporc et #metoo sortir un tel livre est un peu facile. Ce serait se tromper car la version initiale de ce texte qui reparait, ces jours-ci, à La Musardine a paru initialement, en 2015, aux éditions François Bourin. Ce fut alors l'un des premiers textes dans ce genre. Avant "Sexpowerment" de Camille Emmanuelle ou d'autres textes comme "Labo Sexo" chez Albin Michel. Avec des mots poétiques et justes, Adeline Fleury dans un procédé littéraire oscillant entre la première personne du singulier et la troisième avec le personnage d'Adèle, racontait son chemin vers la jouissance. La vraie. Celle qui va des orteils au cerveau. Ernest Mag Petit Eloge FleuryCelle qui permet de mieux s'affirmer, ensuite, en tant que femme dans le monde. Tout cela Adeline Fleury fut l'une des premières à le raconter dans ce très beau texte. Récemment, Adeline Fleury a prolongé sa réflexion sur le féminisme avec un essai "Femme absolument" dans lequel elle prône un féminisme de la liberté.

Son propos est passionnant à plus d'un titre tant il se place dans une perspective d'invention de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes. Des rapports -réellement - égalitaires. Lors des dernières semaines, après les nombreux débats sur #balancetonporc et #metoo, Adeline Fleury a été l'une des signataire de la tribune du Monde dans laquelle 100 femmes parmi lesquelles Catherine Millet et Catherine Deneuve voulait apporter un autre regard. Effet - un poil - raté dans une tribune qui mélangeait pas mal de sujets. Toutefois, de tout cela il nous est apparu très important de discuter avec Adeline Fleury. Une façon bien agréable de découvrir ou de redécouvrir son très beau texte visionnaire : "Petit éloge de la jouissance féminine". Rencontre.

Les photos sont de l'excellent Patrice Normand.

Comment  ce livre sur le moment où vous avez rencontré la jouissance est-il né ?

Mon mode d'expression, c'est l'écriture. Au fur et à mesure que je vivais l’histoire que je raconte dans le livre, je tenais un espace de carnet qui est devenu le passage d’Adèle. Puis en prenant du recul quelques mois après, je me suis posée pour aborder ce sujet de la jouissance féminine d’une façon différente de ce qui existait déjà. On a décidé avec mon éditeur d’assumer l'idée de célébrer la jouissance féminine. C'est ainsi que ce "petit éloge" - carnets épars - est devenu un livre.

Pourquoi ce personnage à la troisième personne ?

J’ai choisi une double narration. Une réflexion à la première personne ou le « je » confronte son expérience personnelle aux grands textes, comme Nin, de Beauvoir, Duras, Sappho, ou des auteures contemporaines, comme Delphine de Malherbe, Belinda Cannone, l’australienne Nikki Gemmell, qui parlent d’érotisme avec finesse et élégance s’en interdire la crudité. Pour les passages plus explicites, car je ne voyais pas comment raconter la métamorphose d’une jeune femme qui découvre tardivement la jouissance sans en passer par la description crue de ce qu’elle vit, j’ai créé un double littéraire, Adèle ou la femme désirante. Une jeune femme qui se libère sur tous les plans par la jouissance. Peut-être que si je l’écrivais aujourd’hui, je l’écrirais entièrement à la première personne. A l'époque, c’était une façon de raconter ce que je considérais comme important pour les femmes, tout en me mettant, malgré tout, un peu à distance.

Cet évènement de jouissance arrive assez tard dans votre vie. Est-ce que c’est parce que l’on ne vous a jamais raconté  Adeline Fleury 15ce qu'était le plaisir et plus largement la sexualité ?

Dans ce livre, je parle de ce rapport forcé - à l’époque du texte je ne pouvais pas écrire le mot viol - où j’ai été contrainte de faire l’amour avec un ex. J’ai une sexualité inversée. Douloureuse au départ et cela m’a construit l’ensemble de ma vie sexuelle pendant des années.

J’ai ensuite rencontré un homme plus âgé avec qui je me suis mariée, et avec qui nous avions une relation plus intellectuelle que charnelle. Nous avons construit notre couple sur une amitié-amoureuse. J’ai enfouis ma sexualité en quelques sortes. Je masquais ma féminité.

A un moment donné, j’ai eu l’impression de passer à côté de ma vie. A ce moment là, celui que j'appelle dans le livre "l'homme électro-choc" a posé sa main sur ma cuisse dans une soirée. Tout a alors refait surface.