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Basse : « L’Élysée est une farce tragi-comique »

SAINT MAUR: "Saint Maur En Poche"

9782234063426 V V02.inddLa dernière fois que nous avions rencontré Pierre-Louis Basse, c'était à Saint-Maur en Poche, en 2016. Il y signait notamment ses livres "Gagner à en mourir" et "mes seuls buts dans la vie". Il était déjà conseiller de François Hollande pour les grands évènements et les discours. Dans un sourire malicieux dont il a le secret, il nous avait confié : "une fois que tout cela sera terminé, je ferai un livre qui sera "ma ligne 13", mais à l’Élysée". Depuis, nous attendions. Avec une certaine impatience.

Dans "Ma ligne 13", son livre paru en 2003, Basse racontait ses trajets quotidiens dans la ligne 13 du métro entre Saint-Ouen où il habitait et la Rue François 1er où se trouve Europe 1 où il travaillait alors. Son récit était un récit impressionniste juste et émouvant qui disait beaucoup de la France de l'époque. De ses fractures et de ses populations étrangères les unes aux autres. C'est dire, si ce livre sur l’Élysée ne pouvait être qu'intéressant.

Le voici donc. Aujourd'hui. Dans les librairies. Une fois encore, ce nouveau livre de Pierre-Louis Basse est une joie. Comme les autres.  Il signe un livre drôle et essentiel sur le pouvoir. Pouvoir qui déçoit et qui isole. Pouvoir tragi-comique aussi. Rencontre avec ce "flâneur de l’Élysée" qui est resté lui-même et qui aime toujours autant les mots.

Ce "flâneur de l'Elysée", c'est quoi ? Un roman ? Un récit ? Un journal ?

Pierre-Louis Basse : C'est un roman du réel. Tout simplement. Dans l'esprit du livre d'Aragon "le mentir vrai". C'est un roman du réel car, dans la littérature, "je est toujours un autre". Ensuite, il y a des moments et des situations qui peuvent être interprétés de différentes manières. Un évènement que je ne relate pas dans le livre, mais qui s'est produit aux obsèques de Patrice Dominguez et où je me retrouve main dans la main avec Nicolas Sarkozy est en soit une source de roman. J'avais trente pages d'écrites sur ce moment précis. Je ne les ai finalement pas intégrées. C'est cela le roman du réel. Le roman fonctionne dans les deux sens. C'est une circulation du désir entre le réel et le roman. Qu'est-ce qui appartient au roman et qu'est-ce qui appartient à la réalité ? Les frontières sont fragiles.

Le livre est très drôle. C'est ce qui surprend le plus et qui n'est pas habituel dans les livres d'autres anciens conseillers. C'est cette circulation du désir entre le réel et la fiction qui donne cette dimension drôlatique ?

Je le crois. Billy Wilder - monstre du comique - disait "le comique c'est ce qui fonctionne avec la réalité". C'est très juste. Pourquoi on rit chez Woody Allen ? C'est parce que les situations décrites nous ressemblent et parce que c'est la réalité. Tout le travail est de capter la réalité. Tiens, une autre anecdote est révélatrice. Quand je me retrouve à quatre pattes dans le bureau du Président, avec lui, et que nous cherchons tous les deux un stylo tombé sur les tapisseries et que nous nous cognons la tête comme dans la Grande vadrouille, c'est simplement drôle. La deuxième dimension de mon parti pris - après celui de Mr Bean - est celle de "Michel Houellebecq" (Lire notre critique du livre, "Houellebecq Bean à l’Élysée"). Ce que je voulais c'était créer un personnage "emprunté" au sens étymologique du terme. C'est cela qui est drôle et tragique.

Est-ce que le fait que François Hollande ait réellement le sens de l'humour ajoute au côté drôlatique du livre ?

Ce que je pense, c'est que ce n'est pas anodin qu'il soit comique Hollande. Le "fou du roi" est en lui et c'est très sain pour la démocratie. Cette capacité de recul sur lui-même est très rassurante chez un Président de la République. On n'a pas assez réfléchi là-dessus pendant ce quinquennat. Après le sens de l'humour de Hollande n'y est pas pour grand chose dans le ton du livre. Je ne pouvais espérer écrire quelque chose qui tienne la route et d'intéressant seulement en m'appuyant sur le roman et sur le réel pour créer des personnages. Sinon, cela aurait été un livre de conseiller de plus.

"L’Élysée est un huis-clos ou règnent le sacré et le pouvoir donc forcément la farce affleure en permanence"

Cela est réussi car le livre est comique...

Comique, oui. Mais pas au sens classique du terme. Comique au sens où comme il y a du sacré dans le lieu même de l’Élysée, la moindre situation extra-ordinaire déclenche le rire. Au fond, c'est comme quand on est en classe avec un professeur intimidant et qu'un copain fait le clown, le fou rire est assuré. L’Élysée est un huis-clos où règnent le sacré et le pouvoir donc forcément la farce affleure en permanence. Le tragique et la farce. Comme cette scène où devant le Premier ministre japonais je me casse la figure.

L'autre dimension du livre, surtout connaissant votre parcours fait d'engagement à gauche et de compagnonnage avec le Parti communiste, c'est celle de l'électeur de gauche déboussolé. Aviez-vous envie d'être un peu le porte-parole de tous les déçus du quinquennat ?