Être surpris par un livre. C’est exactement ce qui est arrivé à la lecture du premier roman de Valérie Trierweiler : “Le Secret d’Adèle“. C’est un livre sur la passion, sur l’amour, sur la peinture et sur une femme libre. Du coup, nous sommes allés rencontrer l’auteur. Et ce fut un moment savoureux avec une passionnée des livres.
“Le secret d’Adèle”. C’est le titre du premier roman – de Valérie Trierweiler publié aux éditions Les Arènes. Lorsqu’Ernest a reçu ce bouquin, l’entrain pour le lire n’était pas flamboyant au sein de la rédaction. Et puis, en commençant les premières lignes, nous avons été happés. Complètement happés par la description terrible de cette femme qui accouche mais dont on pressent qu’un drame va survenir. Cette femme, c’est Adèle Bloch-Bauer, et dès les vingt premières pages du livre, nous sommes avec elle et nous n’avons plus envie de la quitter.
Le pari de Valérie Trierweiler est simple : raconter la vie de cette « femme au tableau » immortalisée par le peintre Gustav Klimt. En mêlant la réalité et son imagination, Valérie Trierweiler signe un livre dense et passionnant sur la création, et surtout sur une femme libre qui s’affranchit des conventions de son milieu bourgeois pour vivre une histoire d’amour avec un saltimbanque.
En refermant le livre, nous avons eu envie d’aller rencontrer l’auteure. Pour parler d’Adèle, évidemment, mais aussi pour parler de son rapport aux livres, à elle, journaliste littéraire chez Paris Match.
Comment cette histoire d’Adèle Bloch Bauer est-elle venue à vous ?
Valérie Trierweiler : Tout cela est arrivé un peu par hasard. L’an dernier, j’ai réalisé toute une enquête pour Paris Match sur l’histoire de ce tableau, spolié par les Allemands. Je suis allée en Autriche, je me suis intéressée à l’histoire d’Adèle Bloch-Bauer. Une fois l’enquête terminée, c’était il y a un an, Adèle est restée en moi. Et c’est ainsi que j’ai commencé à écrire. En imaginant, à partir de ce que je savais d’elle, ce qu’avait pu être sa vie. Ce qui m’a inspirée c’est l’expression mélancolique de cette femme sur le tableau de Klimt.

La Femme au Tableau, Gustav Klimt
Adèle Bloch-Bauer, vous la décrivez comme une femme qui s’affranchit de son milieu bourgeois, qui vit une histoire d’amour torride avec Gustav Klimt, et aussi comme une activiste politique proche des idées socialistes…A l’aube du 20ème siècle, cela fait beaucoup pour une seule femme. Quelle est la part de fiction et de réalité ?
En préambule, je ne suis pas certaine que ce soit important de savoir exactement ce qui est vrai ou non. C’est un roman. Toutefois, quelques éléments de réponses, sur l’histoire d’amour, personne ne sait réellement ce qu’il s’est passé entre Adèle et Gustav. Sur le reste, les sources sont plus précises. Dans son testament, elle a légué sa fortune à la diffusion des idées sociales. De même, il est établi que c’était une femme engagée politiquement.
Votre Adèle à vous, celle du roman, avec quels mots la raconteriez-vous ?
C’est une femme qui sait aimer. Adèle est une véritable amoureuse. C’est une intellectuelle qui aurait pu exercer une profession. C’est pourquoi je l’imagine passionnée d’actualité et donc de journalisme. Ensuite, je crois que c’est une femme qui cherche à s’extraire d’un double carcan. Elle n’est pas féminisme au sens actuel du terme. Mais inconsciemment, sa façon d’être est profondément féministe. C’est une femme libre.
Vous êtes journaliste littéraire à Paris Match. Le goût des livres, cela vous vient d’où ?
Je ne sais pas exactement d’où il me vient, mais je l’ai eu très tôt. Avant même de savoir lire. Quand j’allais faire des courses avec ma grande-sœur qui a quatre ans de plus que moi, je devais avoir cinq ans, et elle gardait toujours un peu d’argent pour m’acheter des petits livres. Ils valaient 1 franc. L’apprentissage de la lecture a bouleversé ma vie. J’ai toujours adoré les livres. Je demandais des livres à Noël. Un livre, c’est pour moi un très beau cadeau.

Quel est le premier choc littéraire dont vous vous souvenez ?
Sans hésiter « le journal d’Anne Frank ». Ce livre m’a marquée comme aucun autre avant lui. Je devais avoir 12-13 ans lorsque je l’ai lu. Je ne l’ai jamais relu. J’ai pris conscience à ce moment là de ce qu’avaient vécu les juifs pendant la guerre et ce n’est sans doute pas un hasard si j’ai écrit aujourd’hui un livre où la communauté juive est importante. L’histoire d’Anne Frank et l’histoire de la Shoah m’ont toujours touchée et m’ont profondément marquée. Après cette lecture, on apprend que la vie et l’histoire peuvent être tragiques et que, parfois, on ne peut compter que sur soi.
Quels sont les auteurs classiques sur lequel vous revenez et qui vous inspirent ?
Stefan Zweig et Arthur Schnitzler sont deux de mes maîtres en littérature. Je les ai lus et relus. Quand je pars dans cette histoire d’Adèle et Klimt qui se passe à Vienne à l’époque de Zweig, Freud et Schnitzler, ce n’est pas un hasard. Pour Schnitzler, les deux livres que je préfère ce sont « Thérèse » et « Mourir ». J’aime la mélancolie de ces livres là. Pour Zweig, j’aime beaucoup « L’amour d’Erika Ewald » et aussi, bien sûr, « 24 heures de la vie d’une femme ».
J’ai adoré Thomas Mann. Aussi. Côté Français, il y a Gide et surtout, Romain Gary. Gary, c’est un fils qui aime sa mère, c’est un homme qui sait changer de destin. Et c’est un amoureux des femmes qui sait parler des femmes et qui sait parler aux femmes.
“Gary, c’est un fils qui aime sa mère, c’est un homme qui sait changer de destin. Et c’est un amoureux des femmes qui sait parler des femmes et qui sait parler aux femmes”
Quels sont les auteurs contemporains que vous aimez et dont vous vous dites qu’ils seront, peut-être, les futurs Zweig ou Gary ?

Eric Reinhardt est l’un des auteurs contemporains favoris de Valérie Trierweiler
Je vais beaucoup vers des auteurs français. Mais c’est aussi dû au travail que je fais. Pour parler de la rentrée littéraire mais plus largement, j’aime beaucoup Eric Reinhardt qui, lui aussi, sait parler des femmes. Surtout, au-delà de ses histoires intimes, ce qui est intéressant avec Eric Reinhardt c’est qu’il parvient à les mêler avec des questions sociales et sociétales fortes. Son dernier livre « La chambre des époux » qui sort fin août est le regard d’un homme sur la maladie d’une femme. C’est un très beau livre. Il parlera forcément aux femmes. Dans un autre genre, mais toujours avec une vraie résonance sociale, j’avais adoré Gérard Mordillat, les « Vivants et les morts ». Il écrit superbement bien la société dans laquelle nous vivons. Après il est difficile de savoir s’ils resteront à la postérité. Nous n’avons pas le recul nécessaire.
Et Houellebecq ?
C’est un grand écrivain. Certainement l’un des plus grands écrivains français actuels. Mais je n’ai pas tout lu de lui. Je vais lire « Soumission » cet été.
Quel est le classique qui vous tombe des mains et que vous avez recommencé dix fois, sans succès ?
« L’homme sans qualités » de Robert Musil. J’ai réessayé plusieurs fois. En vain. C’est sans doute un peu trop philosophique pour moi. Un jour j’ai pris un taxi qui avait ce livre pour livre de chevet. Il en parlait tellement bien. En rentrant chez moi, j’ai retenté. Je n’ai pas réussi.
Après, je me demande si nous pouvons encore lire comme avant. N’avons-nous pas perdu une capacité de concentration. Je me souviens avoir lu « Belle du seigneur » de Cohen en quatre jours ou le Quatuor d’Alexandrie en une semaine. Peut-être à cause du portable…
Vous le laissez loin de vous quand vous lisez ?
Je ne l’ai jamais très loin. C’est bien le problème. Je crois qu’au fond, le meilleur moment pour lire, c’est dans l’avion. On peut se concentrer sur des gros livres car nous ne sommes plus connectés.
A part l’avion, quels sont les endroits où vous aimez lire ?
Je lis au lit. Sur mon lit. Allongée.
Vous n’êtes donc pas d’accord avec Bernard Pivot qui dit que dans un lit, soit on dort soit on fait l’amour ?
Non. J’en ai parlé avec Bernard Pivot, lui, il lit assis à une table.
“Le “Dieu” Pivot n’a pas été remplacé”
Peut-on avoir des chocs littéraires à tous les âges ? Ou comme avec la musique, revient-on toujours aux chocs de ses 15 ans ?
Mes chocs littéraires, je me souviens exactement de l’endroit où j’étais quand je les ai lus. Je me souviens des odeurs et de tout. Je sais même où ils sont dans ma bibliothèque et ils sont constitutifs de ce que je suis. Après, je suis persuadée que l’on peut toujours avoir des chocs littéraires. “Les vivants et les morts” de Gérard Mordillat m’avait apporté tellement de choses.
Le dernier coup de cœur ?
J’ai lu récemment les trois tomes de « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante. J’ai failli caler. Mais j’ai finalement aimé cela. Le problème c’est que cela alterne les moments d’ennui et de volupté littéraire.
Quel est votre regard sur le journalisme littéraire ?
Le journalisme littéraire est malheureusement en voie de disparition. Dans tous les journaux, comme Match, les pages livres sont réduites à la portion congrue. Tout le monde se bat pour avoir une petite place pour écrire sur les livres. Et donc, il se passe des choses comme celles que vous êtes en train de créer avec Ernest. Et c’est bien. Et il y a aussi les blogs littéraires. Ils ne sont pas encore au niveau de ceux des modeuses. Mais ils vont devenir toujours plus puissants. Après, il faut être clair, le « dieu » Pivot n’a pas été remplacé.
Les 10 livres de Valérie Trierweiler :
Le journal d’Anne Frank
Belle du Seigneur d’Albert Cohen
Le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell
La promesse de l’aube de Romain Gary
La symphonie Pastorale d’André Gide
La femme de trente ans d’Honoré de Balzac
Annie Ernaux. Tous ses livres. Et cette description fabuleuse de la réalité dans sa dureté.
Le Rivages des Syrtes de Julien Gracq
Risibles amours de Milan Kundera
Le Monde selon Garp de John Irving
La nuit sacrée de Tahar Ben Jelloul et tous ses livres, en fait.
Photo de Valérie Trierweiler par Patrick Fouque.
Refaire le monde avec des auteurs et des personnalités, c’est le principe de la rubrique “Discute” d’Ernest. Toutes nos interviews exclusives et différentes sont ici.




Ça donne envie….
C’est un livre facile à lire où l’intérêt principal repose sur la découverte (pour ma part) de l’univers de Klimt. Très touchée par l’oeuvre de ce peintre, j’étais curieuse de découvrir un peu mieux l’homme, sans pour autant lire une biographie. Ce roman, un peu trop romanesque à mon gout, a néanmoins pu m’apporter des éléments sur l’époque, le milieu artistique et je regarderai peut-être cette “dame en or” avec une pensée particulière pour Adéle Bloch Bauer, touchante.