Et si l’amour de la littérature donnait à ses adeptes un côté romanesque, une conscience du dramatique et de la mise en récit ? Et si pour diriger un pays, la relation avec les livres, en ce qu’elle permet de prise de recul et de distance était finalement très utile ? Ernest en a (presque) discuté avec Barack Obama et Emmanuel Macron, et pour eux cela ne fait aucun doute.
Macron : le Obama français ? Les commentateurs et analystes politiques se repaissent de cette comparaison. Jeunesse, art du discours, avènement fulgurant et sens des médias. Voilà quelques caractéristiques partagées par Emmanuel Macron et Barack Obama. Des corrélations simples, visibles et éclatantes. Pourtant, au-delà des apparences, les deux personnages partagent bien plus que cela. Obama comme Macron, Macron comme Obama sont des présidents lecteurs. Des boulimiques de livres. Des fondus de littérature. De toutes les littératures. Tous les deux ne passent pas une journée sans lire. Mieux, pour parler des livres, les deux présidents emploient les mêmes mots. Des mots qui tiennent du registre de la passion et du besoin viscéral de lire. Pas étonnant, mais cette habitude et ce plaisir de plonger dans les histoires romanesques leur vient de loin. De la petite enfance.
“J’entretiens une relation passionnelle et fusionnelle depuis l’enfance avec les livres. Je n’imagine pas ma vie sans eux”, E.Macron.
«
Quand j’étais enfant, j’adorais lire, notamment parce que je voyageais beaucoup et qu’il m’arrivait de me sentir étranger et décalé là où j’étais (…). C’est pour cela que l’idée de posséder ces univers portatifs dans lesquels je pouvais m’immerger me plaisait tant », confie Barack Obama dans une ode à la lecture comme outil de rêverie et de création d’un imaginaire.
« J’entretiens une relation passionnelle et fusionnelle depuis l’enfance avec les livres. Je n’envisage pas ma vie sans la compagnie des livres » raconte ainsi Emmanuel Macron. Il ajoute, lui aussi, en référence à l’imaginaire que revêt la littérature, que celle-ci nous « rend disponibles à l’émotion du monde ».
L’enfance comme terreau fertile à l’apprentissage du temps de lire n’est pas la seule correspondance entre les mots du Français et ceux de l’Américain. Leur façon de parler du rôle des romans et de la fiction est encore plus similaire. Obama : « Il était important pour moi quand j’étais président de continuer de lire des romans : parce que l’essentiel de mes lectures quotidiennes était des documents et des notes d’informations, des textes de projets. Et faire travailler en permanence la partie analytique du cerveau peut vous amener à perdre de vue non seulement la poésie de la fiction, mais surtout la profondeur de la fiction. Celle-ci m’était utile pour me rappeler les vérités sous-jacentes aux sujets dont nous débattions tous les jours et c’était une façon de voir et d’entendre les voix, les multitudes de ce pays ».
“La fiction était une façon d’entendre les voix, les multitudes du pays”, B.Obama
« Je suis le dernier des grands présidents, après moi, il n’y aura que des comptables », prédisait François Mitterrand à l’orée de sa vie dans le « Promeneur du Champ-de-Mars » de Georges-Marc Benhamou. Façon de dire, comme l’affirme Obama que la seule lecture des notes fait perdre le sens de l’émotion et des réalités aux politiques, tandis que la fiction elle, leur permet au contraire de rester au contact ? Possible. En tout cas l’histoire regorge d’un grand nombre d’exemples. De Gaulle, Churchill, Pompidou, Mitterrand étaient des auteurs ou des amoureux des livres. Chirac, Sarkozy et Hollande, non.
Sur la fiction et son pouvoir, Macron abonde dans le sens d’Obama. « La littérature n’est pas séparée de la vie. Elle n’est pas réservée à quelques moments de loisir qu’elle meublerait confortablement. La littérature éclaire chacune des situations que nous rencontrons. Elle nomme notre expérience. Elle donne de la substance à nos existences ». Et le président de la République d’ajouter : « Le roman m’intéresse en ce qu’il prend en charge la richesse du monde, la variété des émotions, la bigarrure des caractères (…). Beaucoup d’écrivains répondent aujourd’hui à cette attente parce qu’ils sont des consciences ouvertes vers le monde ».
Lire des romans pour garder le contact avec le pays
Lire pour prendre la température de son pays. Lire pour rester en relation avec lui. Lire pour devenir soi-même romanesque. Une question affleure : et si l’amour de la littérature leur donnait un petit quelque chose en plus ? Obama a été loué comme le président du roman national américain. Celui qui a su, notamment dans son adresse de Philadelphie en 2008, employer les mots justes capables de parler au cerveau gauche et au cerveau droit du peuple américain. Le maniement des mots et du rythme de discours comme outil littéraire pour parler aux gens. « L’art de composer un bon discours est en partie semblable à toute autre entreprise littéraire : tel mot est-il nécessaire ? Est-ce le mot juste ? Est-ce que le rythme fonctionne ? Comment cela sonne-t-il à haute voix ? », détaille d’ailleurs Obama. Comme si, au fond, les présidents qui lisent avaient une capacité supérieure aux autres. « On pourra dire ce que l’on voudra, mais dans sa façon de capter son auditoire et de mettre en scène son accession au pouvoir, Macron s’est mué en personnage de roman. Entre Rastignac pour l’ascension fulgurante et Holden Caufield pour sa capacité à sortir des rails tous tracés pour lui. Cela n’a pas été fait sciemment. C’est profondément son personnage », confie un spécialiste de la communication politique, proche du président de la République. Au fond, comme à n’importe qui, pour mieux appréhender le monde, on ne saurait que trop conseiller au personnel politique de lire des romans !
Et maintenant, jouons : lequel de ces deux présidents a dit cela.
“La plupart de mes nouvelles parlent de personnes âgées. Il y en a une où il est question d’un couple âgé. Lui était publicitaire, il vient de prendre sa retraite, cela le rend grincheux et sa femme essaye de le convaincre que sa vie n’est pas terminée“.
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Les fautes d’orthographe me gênent.
Bonjour Armelle,
Cet article avait en effet un sérieux besoin de repasser à la moulinette de la correction. Désolé pour cela.
N’hésitez pas à nous signaler des fautes d’orthographe. Nous sommes une petite équipe et le rédacteur en chef que je suis ne vois pas tout 😉
Bien à vous
DM
[…] Obama-Macron : des présidents lecteurs […]
Lumineux
[…] la troisième raison – Ernest – en a déjà parlé ici et là – c’est le Macron lecteur. Il est intéressant de voir ce personnage parler des […]