C’était hier et c’est déjà de l’Histoire. Les JO et les JOP sont terminés, mais de ces moments, une chose demeure : la joie. Cette joie collective, palpable, contagieuse, qui a traversé les stades et les écrans, porté par des corps en mouvement, par des exploits inédits et des gestes fraternels. Une joie qui s’est élevée des gradins, a parcouru les rues de Paris et de toute la France, irradiant les cœurs, effaçant, ne serait-ce qu’un instant, les clivages et les solitudes. Cette joie-là, elle est plus qu’une simple émotion; elle est l’essence même de ce que nous sommes quand nous vibrons ensemble.
Comment la cultiver ? Comment la conserver, l’ancrer au plus profond de nous pour qu’elle continue de nous nourrir au-delà des médailles et des acclamations ? Voilà l’enjeu, voilà la question. Car, à la différence du bonheur, que l’on cherche comme une quête personnelle, parfois égoïste, la joie se construit dans le partage, dans l’échange, dans la relation. Elle est comme une graine que l’on plante ensemble, dans le terreau fertile du collectif, pour voir grandir quelque chose de plus grand que soi.
Jankélévitch nous enseigne que le bonheur est un état, une condition à atteindre, presque une récompense, tandis que la joie est mouvement, jaillissement, une force qui naît de l’instant, qui ne cesse de se réinventer. Elle est vivante, elle respire et se transmet. Comme ces applaudissements qui retentissent même pour les derniers arrivés sur la ligne d’arrivée, comme cette ferveur qui a entouré les athlètes paralympiques, témoignant que la joie est aussi dans le courage, dans l’effort partagé, dans le respect de l’autre, dans l’admiration réciproque.
La littérature, d’ailleurs, est là pour nous le rappeler. Romain Gary, dans La Promesse de l’aube, parle de cette joie qui résiste, qui se hisse au-dessus des épreuves, qui refuse de céder face à l’adversité. Pour lui, la joie est un acte de bravoure, une manière de ne pas plier face aux coups durs de la vie. Et Camus, dans Noces, célèbre cette joie solaire, cette communion avec le monde, où l’homme, nu face à l’univers, trouve dans le simple fait d’exister une source inépuisable d’allégresse.
Mais il ne s’agit pas seulement de philosopher. Il s’agit de la vivre, cette joie, de la faire vivre au quotidien.
Dans les romans contemporains de Nicolas Mathieu, par exemple, elle surgit dans les interstices du quotidien, dans les moments de grâce qui apparaissent sans crier gare – une amitié naissante, un amour d’été, un regard qui en dit long. Cette joie-là, nous devons l’attraper au vol, la préserver comme un souffle précieux qui nous relie aux autres.
Oui, il y a une responsabilité à vivre dans la joie. Une responsabilité collective, car c’est une joie qui se partage, qui se multiplie au contact de l’autre. La joie des JO et des JOP, ce n’était pas seulement des records battus, des exploits personnels, mais aussi des rencontres, des regards échangés, des mains tendues. Elle nous rappelle que nous sommes faits pour cela : pour être ensemble, pour bâtir, pour construire quelque chose qui dépasse nos vies individuelles.
Alors, comment ne pas se poser la question : et maintenant ? Que faire de cette joie qui nous a traversés ? Comment la transformer en force d’action, en outil de cohésion, en ciment pour une société plus juste, plus ouverte, plus accueillante ? Car c’est là toute la beauté de la joie : elle ne se fige pas, elle ne s’arrête pas. Elle continue de vibrer, de se transmettre.
Dans cet élan, soyons audacieux. Faisons de cette joie notre boussole, notre guide. Continuons à planter ces graines dans nos quotidiens, dans nos relations, dans nos projets communs. Cultivons-la dans nos quartiers, nos écoles, nos entreprises. Faisons-en un ferment de vie, une résistance joyeuse contre les cynismes ambiants, une réponse à l’absurdité parfois étouffante de l’existence.
Vivre dans la joie, mourir dans l’allégresse. C’est peut-être cela, le secret d’une vie pleine, d’une vie qui a du sens. Et comme Jankélévitch nous l’a soufflé, “la joie est la seule preuve que la vie a un sens”. Alors faisons de cette preuve notre étendard, notre hymne, et continuons d’avancer, ensemble, pour cultiver ce feu de joie qui ne doit pas s’éteindre.
Bon dimanche,



