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La joie, malgré tout

Mi Pham FtZL0r4DZYk Unsplash

« On m’a fait m’allonger et écarter les jambes, et on m’a introduit un stérilet. Ça a été d’une violence terrible. Je pleurais, je me sentais humiliée, agressée sexuellement et mentalement. Mais je travaillais dans un camp, je savais ce qui m’attendait si je refusais. Il y avait des filles très jeunes. » Ces mots insoutenables sont ceux de Qelbinur Sidik Beg, réfugiée Ouïghour rencontrée par Libération. Dans un article fouillé et puissant, Libé raconte le calvaire des Ouïghours, le silence des pays occidentaux face à ce que le journal appelle un génocide perpétré par la Chine communiste. Devant ces crimes et ces silences, la perplexité et le découragement nous gagnent.
Ils nous gagnent également face aux évènements à Hong-Kong. Encore et toujours perpétrés par la Chine communiste. Ils nous gagnent, encore, quand un conducteur de bus est battu à mort ici en France.
Ils nous gagnent aussi, évidemment, alors que la Covid-19 semble repartir de plus belle et que des scénarii de re-confinement sont étudiés par le gouvernement.
 Autant d’évènements qui viennent toujours ramener à nous la « vérité triste » comme l’appelait Charles Péguy.

Celle d’un monde où les ténèbres sont présentes, voire omniprésentes et viennent nous confronter à notre finitude, à la difficulté de la vie, voire même, dirons certains, à son absurdité.
Comment faire face ? Faire face à ce que Milan Kundera appelle dans « la Plaisanterie » cette insignifiance permanente présente tout le temps, même dans les pires drames humains. Il s’interrogeait sur les choses à pardonner et sur les choses à oublier.
Étonnante conjonction des temps qui, alors que l’été est là, que la trève estivale s’amorce doucement et que tout cela invite à la flânerie légère, nous ramène encore et toujours vers le réel. Le réel c’est le sujet du livre d’Adèle Van Reeth (son entretien puissant avec Ernest, ici). C’est aussi le sujet d’étude d’un philosophe tout au long de sa vie. Clément Rosset a fait du réel et de la réalité qui s’imposent en permanence à nous individus l’objet de son questionnement philosophique. Dans un recueil d’entretiens avec Alexandre Lacroix (Philosophie Magazine) Rosset détaille avec pédagogie et une approche très simple sa réflexion.

Il écrit notamment un passage qui résonne avec le sentiment de perplexité et découragement que nous évoquions. « Les raisons d’exécrer la réalité ou de l’adorer sont les mêmes : nous ne savons pas qui nous sommes, ni d’où nous venons ; nous sommes confrontés à un réel souvent déplaisant ou injuste ; chaque sensation est fugace et nous sommes promis au trépas. À partir de ce constat, vous pouvez sombrer dans l’accablement le plus profond ou, au contraire, vous réjouir de chaque instant qui passe. La grande différence entre l’homme dépressif et joyeux me semble d’ailleurs résider dans l’appétit de vivre, ce qui peut se ramener à un mot : le désir. »

Heureux hasard de la vie qui a conduit, justement cette semaine, ces mots à l’esprit de l’auteur de ces lignes. Au fond, ce que nous dit Rosset est la chose suivante : « tout est foutu, donc soyons joyeux ». En posant cela, il nous invite à choisir la vie. Toujours et malgré tout. On pourrait se dire qu’ainsi que nous l’évoquions dans un précédent édito du dimanche en soulignant la mécanique du concombre chère à Romain Gary, il nous appartient d’aimer et de vivre. L’été, qu’on se le dise, sera donc « Garyen ».
 Joyeux aussi, car comme nous l’indique le titre poétique du recueil de Rosset avec Lacroix : « La joie est plus profonde que la tristesse ».

Bon dimanche et bel été chères Ernestiennes et chers Ernestiens.

L’édito paraît chaque dimanche matin à l’heure des croissants dans l’Ernestine, notre lettre dominicale inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit) puis le lundi sur le site.

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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