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Le printemps, malgré tout

Aaron Burden HB XgEXucQs Unsplash(1)

En ce début de printemps, alors que la nature reprend ses droits, que les bourgeons éclatent en promesses de verdure et que l’air se fait plus doux, il est de ces moments où l’esprit se laisse porter vers une contemplation poétique de ce renouveau annuel. Chaque bourgeon, chaque rayon de soleil, semble nous murmurer que la vie, malgré tout, trouve toujours un chemin, un renouveau. Période de l’année où l’on se laisse volontiers bercer par un optimisme renouvelé,  où l’on fourmille d’envies et de projets, où l’on espère retrouver certaines sensations, revoir des amours, où l’on épouse les notes d’une nouvelle musique découverte ou redécouverte (Kacey Musgraves, ou l’Unplugged de Clapton), où l’on se laisse porter par la conviction – un brin facile – que, tout comme la nature, nos sociétés peuvent elles aussi connaître des renaissances, se régénérer, se transformer pour le meilleur.

Pourtant, rapidement la contemplation printanière se heurte à une inquiétude profonde, un nuage sombre qui tempère l’enthousiasme. Redire ici à quel point la montée apparemment irrésistible de l’extrême droite constitue le pire danger qui guette nos sociétés, nos libertés, nos insouciances, et même nos défauts. Que le seul combat qui vaut est celui-ci. Que rien, ni dans leur projet, ni dans leurs postures, ni dans leurs discours, ni dans leur semblant de respectabilité ne mérite un sentiment d’indulgence. Le marteler. Ici, partout, dans tous les milieux. Laisser cette musique s’installer, c’est s’assurer de printemps où nous n’aurons plus le choix.
Dans ces moments de doute, de tourner vers la littérature, ce phare dans la tempête, en quête de guidance, de consolation, mais surtout de raisons de croire à la promesse du printemps. Brecht, Gary, Camus, Nicolas Mathieu…furent des outils cette semaine. Chacun, à sa manière, a sondé les profondeurs de l’âme humaine, confronté l’obscurité, le désespoir, mais aussi, et surtout, célébré la capacité de l’homme à se surpasser, à lutter pour la justice et la liberté.

Brecht nous rappelle que, dans les moments les plus sombres, il ne faut jamais perdre espoir. “Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.” Ces mots, plus qu’un appel à la résistance, sont une célébration de la capacité humaine à s’élever contre l’adversité, à se battre pour ses idéaux, même lorsque la situation semble désespérée.

Romain Gary, avec sa foi inébranlable en l’humanité, son refus de céder au cynisme, nous enseigne que l’amour constitue une force révolutionnaire, capable de transformer le monde. Albert Camus, dans “L’Homme révolté”, explore la tension entre l’acceptation du monde tel qu’il est et la révolte contre l’injustice. Pour lui, la révolte est intrinsèquement liée à la condition humaine, une affirmation de notre désir de justice et de dignité.

Nous pouvons êtres ces hommes et femmes révoltés qui ne sont pas satisfaits du monde, qui font ce qu’ils peuvent, et qui ne sont pas satisfaits, mais qui se lèvent à nouveau le lendemain. Comme le printemps, chaque année. Camus nous exhorte à embrasser la beauté du monde, malgré ses imperfections, et à continuer de lutter pour un monde meilleur. « Le monde est beau et hors de lui point de salut » écrit-il. « À portée de ma main, au jardin Boboli, pendaient d’énormes kakis dorés dont la chair éclatée laissait passer un sirop épais. De cette colline légère à ces fruits juteux, de la fraternité secrète qui m’accordait au monde à la faim qui me poussait vers la chair orangée au-dessus de ma main, je saisissais le balancement qui mène certains hommes de l’ascèse à la jouissance et du dépouillement à la profusion dans la volupté. »

Enfin, cette semaine, Nicolas Mathieu, a accompagné les interrogations, joies et inquiétudes. A travers ses récits ancrés dans la réalité sociale contemporaine, il nous montre que, malgré les difficultés, la beauté, l’espoir, et la solidarité existent, offrant des lueurs d’espoir même dans les circonstances les plus sombres. Et dans son dernier livre « Le ciel ouvert », où il célèbre un amour impossible, il écrit : “Ne cède pas ton temps en vain. Ne vends pas ta force à vil prix. Ne crois pas les ” c’est comme ça ” , les ” que veux-tu qu’on y fasse ? ” . Ne donne pas ton sommeil à ceux qui le muent en or. Réserve-toi le plus possible pour la joie. Écoute-moi. Tu n’as qu’une vie : défends-là”

Alors oui, l’avenir nous inquiète. Mais dans la contemplation du printemps et les leçons tirées de ces grands auteurs, nous trouvons des raisons de croire en la possibilité d’un renouveau, en notre capacité collective à surmonter les défis qui se dressent devant nous. Comme une façon de se dire, “le printemps, malgré tout”. Dans notre capacité à croire en la promesse de renouveau et à l’inventer tels les écrivains, artistes, peintres (ajoutez ce que vous voulez) du monde réside notre espoir individuel et collectif. L’avenir est incertain, mais la littérature, avec sa sagesse éternelle, nous offre les outils pour l’affronter, pour rêver et construire un monde où la promesse du printemps se réalise enfin.

Bon dimanche,

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