Faire de la fiction un puissant outil de création de nouveaux imaginaires. Depuis sa création Ernest exalte les héroïnes inspirantes et encore cette année (ici). Des héroïnes qui changent nos représentations mentales et donc qui contribuent à l’avènement d’un nouveau monde. Plus égalitaire. Elles s’appellent Hermione, Victoria, Tereza, Sabina, Adèle, Léonor ou encore Smita, Sarah, Giulia etc.
Nos héroïnes humanistes, celles d’aujourd’hui, qui sont dans la vie, sont celles de Téhéran. Elles se battent contre les Mollahs et l’obscurantisme religieux et dictatorial qui se reconnaît à son besoin de couper l’accès à l’imagination. Réunies sous la bannière si belle “Femmes vie Liberté”, ces femmes sont exemplaires. Des héroïnes, vraiment. Ces femmes peut-être ont lu le magistral livre d’Azar Nafisi “Lire Lolita à Téhéran”. Résonance quand tu nous tiens.
Dans ce livre, Nafisi raconte comment après avoir démissionné de l’Université de Téhéran où la révolution islamique la forçait à porter le voile, elle anima un salon littéraire avec sept de ses étudiantes. L’objectif : lire Lolita de Nabokov, mais aussi Gatsby le Magnifique de Fitzgerald, et plus largement dévorer des livres, en parler et voir ce que la fiction et la littérature donnaient comme force pour résister à la dictature. L’expérience mêle chemin de vie, initiation littéraire et recherche de la beauté.
Tout au long du livre, le lecteur est invité à suivre leur cheminement et leur principale découverte : la force de l’imagination comme antidote à la soumission et à la dictature. “Les seuls moments où elles s’ouvraient et s’animaient vraiment étaient ceux de nos discussions autour des livres. Les romans nous permettaient d’échapper à la réalité parce que nous pouvions admirer leur beauté, leur perfection, et oublier nos histoires de doyens, d’université et de milice qui arpentait les rues. (…) Les romans dans lesquels nous nous évadions nous conduisirent finalement à remettre en question et à sonder ce que nous étions réellement, ce que nous étions si désespérément incapables d’exprimer”, peut-on ainsi lire dans le livre. Comme un miroir.
Quelques pages plus loin : “Cette pièce devint pour nous un lieu de transgression. le pays des merveilles. Installées autour de la grande table basse couverte de bouquets de fleurs, nous passions notre temps à entrer dans les romans que nous lisions et à en ressortir. Lorsque je regarde en arrière, je suis stupéfaite de tout ce que nous avons appris sans même nous en rendre compte. Nous allions, pour emprunter les mots de Nabokov, expérimenter la façon dont les cailloux de la vie ordinaire se transforment en pierres précieuses par la magie de la fiction.”
Magie de la fiction. Ces fictions qui nous changent. Les fictions qui changent la donne. Pour les hommes et aussi pour les femmes. Pour l’Humanité, en fait. Songer à tout cela et replonger dans le livre de Nafisi et y lire dans les dernières pages, les mots suivant qui émeuvent aux larmes : “Je rêve souvent qu’un nouvel amendement a été ajouté à la Constitution, celui du libre accès à l’imagination. J’en suis arrivée à croire que la vraie démocratie n’existe pas sans la liberté d’imagination et le droit d’utiliser ses œuvres en l’absence de toute restriction. Pour avoir une vie pleine, chacun devrait pouvoir façonner et exprimer ses mondes, ses rêves, ses idées et ses aspirations devant les autres, participer constamment à un dialogue qui s’établirait entre domaines public et privé. Comment savoir autrement que nous avons existé, ressenti, désiré, haï et craint ?”
En cette semaine où il fut question de sceller un droit dans la constitution et d’exalter les droits des femmes, se dire que ces mots sont utiles. Fermer la semaine avec un autre livre “Nous n’avons pas peur. Le courage des femmes iraniennes”, paru aux éditions du Faubourg et qui réuni les témoignages de seize femmes iraniennes, dont notamment Golshifteh Farahani, ou la prix Nobel Nargès Mohammadi. Discussions sur leurs exils, leurs combats et leurs résistances. Des héroïnes, encore et toujours. Pour elles, pour nous, pour nos enfants et pour demain. Pour l’Humanité. Nos héroïnes, en quelques sortes.
Bon dimanche,
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