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Remèdes

Steve Johnson ZkNT5mikUuo Unsplash

Trêve des confiseurs. Moments familiaux. Introspection, aussi. Se rêver tisserand pour resserrer les liens intimes perdus, mais aussi les liens du monde. Rêver d’en avoir la force, le courage, la capacité. Imaginer les ponts pour rallier des amours perdus, ou pour rapprocher des archipels éloignés. Envisager de tisser le premier nœud. Hésiter. Renoncer. Se dire qu’il le faudrait, pourtant. Seul et ensemble.

Enrager, toujours devant les atermoiements qui ne permettent pas à l’Ukraine de gagner la guerre définitivement et de devenir un membre à part entière de l’Union européenne. Cette UE qui, en 2024, vivra un crunch pour moment crucial, moment charnière de son histoire.

Enrager, encore devant la peur inconséquente de l’étranger qui, pourtant, depuis des années travaille ici et vit ici, constituant un maillon d’un tout qui fait la France.

Enrager contre la bêtise qui ne les fait pas devenir un peu plus Français encore. Peur de l’Autre. Se replonger dans le “dictionnaire de ces étrangers qui ont fait la France” sous la direction de Pascal Ory. Goscinny, Uderzo, Le Corbusier, Picasso, Gary,  Platini, Zidane, Beckett…

Le passé qui peut tendre vers l’avenir, pour peu qu’on le veuille. La trêve. Bientôt les vœux. En les attendant, et pour pouvoir être en mesure de les souhaiter comme de les recevoir avec le sourire et l’énergie avoir la certitude, en ce dimanche matin, qu’avec vous lecteurs et lectrices, c’est vers l’Art une nouvelle fois qu’il convient de se tourner. Comme une étoile polaire qui nous guide dans la nuit. Se tourner vers l’art donc.

Ici, René Char. “Feuillets d’Hypnos” :

“Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant. Agir en primitif et prévoir en stratège. Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels la vie sataniquement donne l’illusion de la santé.”  Encore René Char, dans cette Pléiade qui vient d’être ouverte. “Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.” Imaginer des citoyens qui tels les poètes, laissent des traces.

Là, Virginia Woolf : “Aucun de nous n’est complet en lui seul”. Savoir ce que l’on doit aux autres. Leur dire qu’on les aime. Ici et maintenant.
Faire un détour par les notes. Celles de Springsteen. Encore et toujours. Apprendre à danser dans l’obscurité. Parce que nous pouvons être l’étincelle des autres et de nous-mêmes.

D’autres notes. Inspirantes, toujours. Matt Berninger. Toutes ses notes à lui. Entre chaleur enveloppante et énergisante. Pour faire face à demain. Et aux défis qui s’annoncent.

Nous ne vous ferons pas l’affront de rappeler, ici, pour la troisième fois l’essentiel de la lumière de Nicolas de Staël qui donne au pavé mosaïque humain (le mien, le tien, le mien) un éclat tout autre bien longtemps après sa vision.

L’Art comme thérapie, en quelques sortes. “Un jour on saura peut-être qu’il n’y avait pas d’art, mais seulement de la médecine”, s’amusait Le Clézio. Thérapie des nos failles personnelles qui demeurent malgré le temps. Thérapie d’un doute.  Mais aussi l’Art comme levier de construction d’un monde plus habitable et plus fraternel. Et alors les mots de Joseph Kessel prennent leur sens : “On peut toujours plus que ce que l’on croit pouvoir”. 

Reprendre le rêve du tisserand et des liens revivifiés.

Bon dimanche,

L’édito paraît le dimanche dans l’Ernestine, notre lettre inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit) et le lundi sur le site (abonnez-vous pour soutenir notre démarche)
 
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