La semaine passée Ernest était 100 % BD, et cette semaine nous prolongeons le plaisir avec la sélection de BD érotiques signée Virginie Bégaudeau. Bulles sensuelles. Caliente !
Gaijin, Jean-David Morvan
Manami, étudiante japonaise, voit sa vie basculer le soir où Julien, un français, lui propose une nuit avec elle. Chez elle. Cette nuit aussi marquante qu’éphémère permettra une explosion de fantasmes, tous plus inavouables les uns que les autres. Une quête de sensations perverse où la fascination pour les « Gaijins » étrangers comme on dit au japon, devient une obsession. Chaque rencontre fait naître en la jeune femme des pulsions de désir incontrôlables. La frontière entre réalité et fantasme est floue.
Grand amateur de la culture nippone, Jean-David Morvan m’offre un récit érotique puissant qui nous éclaire sur la condition des femmes au Japon, le rapport au sexe et surtout, l’extase absolue. Cette chasse à la volupté m’a fait plonger dans ce pays de tous les possibles, de tous les vices dissimulés par la société. La plume audacieuse et précise de l’auteur m’aide à me glisser dans la peau, ou dans le lit de l’héroïne et de ses amants étrangers. Les situations scabreuses sont aussi sensuelles que luxurieuses. L’image est là, et c’est toujours un plaisir non feint de la découvrir dans une littérature aussi particulière. Je la déguste, je m’y vois.
Jouissance littéraire
Le trait du dessin est efficace, classique et rend hommage aux délices de la chair. J’y accompagne chaque personnage au grès de leurs péripéties luxurieuses.
Il y a les effluves salés. Il y a les cris de plaisirs. La jouissance d’une femme, et la mienne, se livrent à ses désirs interdits. Comme Manami, je suis obsédée de ce sexe découvert au détour d’une rue ou d’un inconnu, prête à dire oui à toutes les propositions indécentes. Je suis engagée dans ses mots, vertigineux, j’explore ma peau et la leur, stimule tous mes instincts et m’abandonne à l’obscénité totale. Fantasmes de soumission et situations pornographiques hors des réalités, c’est ce que j’ai eu. Je savais pertinemment où je pénétrais avec une telle BD entre les mains, ou entre les cuisses.
Gisèle et Béatrice, Féroumont
Béatrice est victime de harcèlement et de sexisme. Elle décide alors faire vivre cette injustice à son patron. Je me retrouve au cœur d’un conte érotique qui mêle sexe et mœurs contemporaines. Son patron attend d’une collaboratrice sa dévotion.
Inégalités entre hommes et femmes dans le monde de l’entreprise inspirent Benoît Féroumont qui peint une satire sociale porno soft qui rafraîchit autant qu’elle excite. Un cadre idéal pour des aventures indécentes. Même si le postulat prête à sourire : un changement de sexe provoqué par l’absorption d’une pilule venue d’Afrique. Le côté décalé du scénario rend toutefois l’artifice suffisamment crédible pour me laisser emporter par la perversion.
Choquée et excitée
Cette bande-dessinée me chavire. Reculer sans cesse les frontières du harcèlement qui façonnent une atmosphère professionnelle toxique à laquelle ni Béatrice ni Gisèle ni moi n’accédons. Le mélange entre caricature et sensualité est réussi. Pour moi, les mots choquent et forgent l’esprit critique du lecteur. Un témoignage parfait où l’extase, les ascètes et les obsédés se confondent avec talent.
La vengeance de Béatrice et ses manigances deviennent délectables et l’auteur se plaît à multiplier les situations cocasses. Évitant à la morale d’être pesante, le dessin dynamique de Féroumont et les couleurs vives de Coopman, sont un atout extrêmement bien maîtrisé. Une récréation jubilatoire. Je me rapproche, dans tous les sens du terme, de Gisèle et Béatrice, dans leur soumission, ou leurs rituels de vengeance. A la fois battue et caressée, offertes, partagées et adulées, je m’asservis. La souffrance et l’humiliation me glorifient, l’emprise est incontrôlable.
La chute de Dante, Manolo Carot
La divine orgie. Dante est un peintre aux ambitions excédant son talent. Il veut atteindre la forme d’art proche du divin mais ne parvient qu’à faire le constat de ses insuffisances. Sa femme, le soutient pourtant, corps et âme, et plus encore, mais son excès de bienveillance agace son mari. L’artiste a besoin d’émotions brutes, de passion, de violence et tout ce qui peut faire cracher son suc. Sa rencontre avec Judith redonne un sens à son existence, mais ce charme a un prix : Dante se retrouve entraîné dans une spirale destructrice où les bacchanales orgiaques sont légion.
Magistrale érotique
Un récit d’une rare exception consacré à la muse, Manolo Carot, construit une œuvre d’auteur, belle et érotique. L’aquarelle est d’une beauté sans précédent. La douceur qui contraste avec le porno est palpable. D’instinct, je revêts les atours de Judith, démone du sexe, manipulatrice et perverse. La philosophie de l’art prend un tout nouveau sens. Création et porno s’entrelacent pour m’offrir un pacte avec le diable. Je deviens poupée de plaisir que l’on soumet, que l’on adule. Je confesse mon goût pour le stupre sans contrainte. Je jouis de voyages transcendants aux confins de la torture. Sous la plume incisive de Manolo, je songe à ces frasques et ces extases sous les draps.
Il me livre un pan d’Histoire fantasmée digne des plus grands romans noirs. Je plonge, torride et fébrile, dans un atelier où règne la terreur et le vice. L’obsession mutuelle.
Le dessin est tout aussi immersif. Puissant et novateur. Il a le goût de la chair voluptueuse, de l’obscénité quotidienne, de la sensualité faite d’une turgescente naïveté. Le trait n’est pas fragile et les femmes ont le corps soulevé d’extase, de souffrance, de larmes et de jouissance.
Un chef d’œuvre de la BD érotique. Magistrale.



