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Immersion sensuelle

Caroline Hernandez No25c8T0dz4 Unsplash

Déconfinée, Virginie Bégaudeau vous propose ce mois-ci, un Petit cochon en immersion dans des aventures loufoques, étonnantes, virevoltantes, sensuelles et furieusement érotiques.

 

Histoire du Roi Gonzalve – Pierre Louÿs

« Dans le palais royal, douze charmantes princesses vont être initiées aux plaisirs de la chair »

Ernest Proncesses LouysUne perspective alléchante à tous les sens du terme. L’un des meilleurs écrivains français m’a offert une virée dans l’Histoire entre turpitudes, perversités et grands sentiments. Infatigable producteur d’œuvres publiées clandestinement. Ces œuvres ont revu le jour entre mes mains et sous mes draps. Le libertinage est au cœur de ce texte licencieux qui m’a donné folle envie d’enfiler une crinoline sans dessous. La plume de Pierre Louys a résonné tout particulièrement, controversée, censurée, j’y ai retrouvé un plaisir pur. Un fantasme d’adolescente passionnée de romans d’époque.

Une pornographie soyeuse

L’initiation d’un Roi de douze filles tendres, chastes mais prêtes à tout pour séduire le monarque. Séduire ? Se soumettre plutôt. Le saphisme, le sadomasochisme, le fétichisme, tout y est pour exciter la lectrice que je suis. Ma plus grande frustration reste l’absence du texte intégral. Le mystère quant à la parution de la fin est entier, mais l’impatience aiguise la tension, la maintient et nourrit mes rêveries pornographiques. Clairement.

J’ai été conquise par l’audace et l’art de la narration de Pierre Louÿs qui m’a fait revivre mes émois de romance. Mais la maturité et la place de l’érotisme ont tout balayé sur le passage. Contrairement aux héroïnes qui m’accompagnent au cours de mes lectures, je ne me suis pas identifiée à ces douze jeunes femmes perdues. Non. Tour à tour, je les ai enviées, et imitées à ma manière. Dans chacune, il y avait une part de moi. L’envie de sexe simple, de sexe soumis ou de sexe commun.

Grâce à La Musardine, j’ai erré dans cet univers si particulier de la pornographie soyeuse. Jouir. Apprendre. Se surprendre. C’était exquis.

Journal d’Elsa Linux, anonyme – « Gaulée comme une cafetière, seule comme un panda ! »

Ernest LinuxElsa Linux attend le prince charmant. Au détour de sa route, que j’ai rejointe avec surprise, elle ne croise que des pervers. L’émotion prime sur l’excitation, mais le rire reste un compagnon de voyage. Dans ce Bridget Jones destiné à un public averti, les chroniques aux abords sirupeux sont, en fait, érotiques à souhait. L’intrigue est aussi simple que lambda, On suit une Parisienne branchée, vivant dans un deux pièces hors de prix, et désirant des tas d’aventures loufoques.

Retrouver mes 20 ans et les lits manqués

Pas extrêmes, mais extravagantes. Elsa se lance dans des expériences pornographiques dans les bras de milliardaires que personne ne rencontre, entre les cuisses d’une directrice média, empalée sur le sexe d’un anarchiste étalon. Elsa a tout vu, tout savouré, mais le goût qu’elle laisse est un peu cynique. L’extase est féroce derrière le manque de finesse totale de l’héroïne et de la plume de l’auteur. Il y a un besoin, incontrôlable, de peau caressée par du champagne en soirée mondaine, de jouissance immédiate entre deux réunions.

Mon côté femme active du XXIe siècle a été touché, au plus profond, par cette fausse comédie. Vulgaire et cru, le charme a opéré. Etrangement. Le format du journal intime m’a permis de m’immiscer davantage, de m’imprégner de cette vie farfelue.

Et pourtant, il y a l’espoir et le chagrin derrière cette course à la volupté. Sans tabou avec une libido démentielle, Elsa a partagé une tranche de vie avec moi. J’y ai décelé la frivolité nécessaire à cette lecture effarouchée. Emportée sur une plage, excitée par une vie fantasmée, je me suis attachée à Elsa. Je l’ai jalousée pour ses péripéties trop grosses pour être honnêtes. Débridé et dans l’air du temps. J’ai eu envie de retrouver mes vingt ans, et tous ces lits que j’ai manqués.

Ramba – Marco Delizia / Rossano Rossi

rambaEn recevant « Ramba », j’imaginais une parodie de Rambo, et sans faire référence au roman. Non, j’imaginais nettement qu’un auteur avait pastiché le film de Stallone tout en me raisonnant : personne ne fait cela.

Eh bien si. Et tant mieux. Une version féminine du héros violent et désaxé qui a marqué une génération, et créé des fantasmes en tous genres. Je ne suis pas la première à avoir évoqué l’idée que Stallone, avec sa gueule cassée et ses muscles bien seyants, puisse devenir un partenaire de lit bien monté. Soit. Je n’étais pas la seule et la découverte de « Ramba » a réveillé des instincts enfouis d’héroïne mis en danger avec un trait caricatural mais excitant au possible. Sexy. C’est le mot qui la qualifie. Nymphomane. C’est le mot qui la suit.

Baiser ou tuer. Le choix est vite fait

Cette tueuse à gage m’a emporté avec elle dans une course contre l’anarchie et la mort. Ses obstacles sont des objets sexuels, hommes et femmes réduits à cette égalité trop rare dans la bande-dessinée pornographique. Ramba, magnifique brune aux allures félines consomme et me consume à la fois. Baiser ou tuer. Il n’y a pas d’autres alternatives par ici. Je sens la pluie tremper mes cheveux, mon corps frissonner de froid et de désir.

Mon adrénaline a surplombé mon excitation à mesure que j’ai suivi notre héroïne vintage. De l’action à foison et un voyage hors du temps. L’outrance fait écho à des vices, des perversités que je ne déterre jamais. Sauf dans ce moment de lecture délicieux et masturbatoire. Un graphisme précis, un travail en noir et blanc qui s’inspire de Magnus, très certainement, superbe. Delizia et Rossi, monstrueux maîtres du genre, m’ont régalée, m’ont donné un plaisir que j’avais presque oublié. Je n’ai qu’une hâte : dévorer les volumes qui m’attendent, enfiler mon uniforme de guerrière du sexe et jouir, encore, avec Ramba, pour Ramba et comme Ramba.

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