Quand le général de Gaulle revient au pouvoir en 1958, c’est (notamment) à l’occasion d’un putsch. Celui des généraux. L’histoire est connue, mais elle n’avait jamais été traitée en BD avec autant de finesse et d’humour. Frédéric Potier vous en parle.
“Un général, des généraux” retrace avec humour mais avec une grande précision ce que certains (à l’image de Georgette Elgey, la meilleure spécialiste de la IVe République) considèrent comme le “quasi coup d’État” du général De Gaulle en 1958. L’histoire est bien connue : tandis que la France se dépatouille dans une guerre qui ne dit pas son nom en Algérie, Charles De Gaulle observe depuis sa retraite de Colombey-les-deux-Eglises, silencieux, le gouvernement s’enfoncer dans la crise. Alors que les rumeurs d’ouverture de négociations avec les indépendantistes algériens se font de plus en plus insistantes, une partie de l’armée organise un coup de force, un putsch, bref une prise du pouvoir à Alger. Largement dépassées, les autorités civiles (en particulier le président René Coty passé à la postérité grâce à OSS 117) finissent par se résoudre à appeler le général de Gaule qui accepte de se laisser investir comme chef du Gouvernement avec pour mandat de restaurer l’ordre et de préparer une nouvelle Constitution qui deviendra la Ve du nom.
Etait-ce véritablement un coup d’État ?
Cette excellente BD brosse en particulier le portrait des généraux français, en poste à Alger ou à Paris, tiraillés entre la fidélité aux Institutions, leur admiration pour l’homme du 18 juin et la pression de la rue. Ces grands soldats, Salan, Massu, Ely, mais aussi le ministre de la Défense Pierre de Chevigné sont croqués avec tendresse par le duo Boucq et Juncker. Il y a du tragi-comique tout au long de ces pages très drôles qui nous plongent avec talent dans une des périodes les plus ambiguës de l’histoire de France. Car de nombreuses questions demeurent. Que savait exactement De Gaulle de ce putsch d’Alger qui a provoqué son retour au pouvoir ? A-t-il laissé agir ses plus proches fidèles comme Soustelle ou Foccart par des silences éloquents ? Une chose est sûre, l’homme sut jouer avec génie des événements qui se déroulaient sous ses yeux et se garda bien de condamner clairement les actes illégaux de ses anciens compagnons d’armes, ce que Mitterrand et Mendès France lui reprocheront vigoureusement.
Inspiré par l’envahissement du capitole par les trumpistes et le saccage de Brasilia par les partisans de Bolsonaro, j’écrivais dans “Le Monde” il y a quelques temps que sans démocrates résolus à les défendre farouchement, les démocraties n’étaient pas plus solides que des châteaux de cartes. “Un général, des généraux” nous en livre une illustration magnifique.



