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Insatiables

Dainis Graveris N8VX4iMIxnM Unsplash

L’été approche, les sensations s’exacerbent, les envies aussi. Dans une forme de Movida des corps et des sens, Virginie Bégaudeau nous a concocté une sélection où tout est permis. La chaleur monte.

Une femme fidèle – Axel

FemmefidelecouvCe que j’attends dans chacune des œuvres d’Axel, c’est sa mise en lumière de la vraie vie. Mêlant sujet de société et sexualité, je suis fascinée par son pouvoir érotique. Il vise juste, il surprend, il emmène dans des confins peu ou mal explorés d’un sexe à l’état brut. Un sexe de notre quotidien. Je me retrouve sous les traits de ses héroïnes. Tantôt trentenaires, tantôt quadras, et parfois sexagénaires.

Avec « Une femme fidèle », je prends plaisir à accompagner Sophie. Cette professeure de lycée partage sa vie entre ses cours et son mari, Arnaud, lourdement handicapé. Une fois encore, le sujet pourrait s’éloigner d’une expérience luxurieuse. Et pourtant ! Ils s’aiment et se réinventent chaque jour sous les draps (et un peu partout, d’ailleurs).

L’émotion en plus des frissons

Pour agrémenter cette vie où le couple s’équilibre, Sophie fréquente les clubs libertins, séduit les hommes puis les emmène à l’hôtel. Elle filme ses adultères pour les visionner avec Arnaud. Malgré un corps touché par tant d’autres, des orgasmes soufflés sans culpabilité, elle est fidèle à son époux puisqu’il partage ce secret vital pour eux.

Puis arrive l’attachement de Sophie pour l’une de ses conquêtes, elle refuse d’exposer son intimité nouvelle à Arnaud,s’enferme dans l’égoïsme de la chair. Elle lutte de toutes ses forces. Elle se cambre sous les caresses et la passion de son amant. Elle oublie la douleur de sa situation, aussi.

Une réflexion est menée tout au long du texte et je suis prise d’émotion autant que de frissons à ma lecture. Une lecture ponctuée de plaisir pur. J’ai adoré cette BD où Axel touche à deux grands tabous de la société : le handicap et la fidélité. Il me prouve une fois encore sa subtilité, sa tendresse sans voyeurisme, et me régale de son érotisme réaliste.

Clémentine à la plage – Igor & Boccere

Clementine A La PlageLa sortie d’une bande-dessinée d’Igor et Boccere, c’est comme le gong des grandes vacances qui résonne dans les cours d’école. Particulièrement celle-ci.

L’été pointe le bout de son nez, c’est le moment de laisser exploser ses envies les moins douces, d’effacer l’hiver brumeux et le printemps timide. L’été, je suis métamorphosée en une créature libidineuse. Entre mer et sable chaud, je suis prête à toutes les nouveautés et j’ai besoin du soleil sur ma peau pour les explorer. Rien de mieux que l’œuvre de mes bien-aimés Igor et Boccere qui tombe à point nommé.

Laisser exploser son envie

J’ai envie d’être Clémentine, fatiguée de ses semaines harassantes et bien décidée à prendre du bon temps sur la plage…en nu intégral. Une passion exhibitionniste qu’elle couve depuis toujours et qui l’excite toujours plus. Évidemment, les voyeurs sont au rendez-vous. Un spectacle où se mêlent masturbation outrancière et plans à trois. Je voudrais prévenir Clémentine que son corps est objet de convoitise, qu’elle est devenue l’attraction des samedis torrides. Il y a les couples qui jouissent, les bigots qui libèrent leurs ardeurs interdites, le pêcheur de crabes qui s’adonne au sexe oral avec la jolie héroïne. Tout est là pour prendre le plaisir mérité des jours de repos.

Cela ne dure qu’une journée et il n’y a aucune notion de bien ou de mal au travers les péripéties de Clémentine. Le souci du détail, le goût prononcé pour l’exhibition et un dessin toujours aussi efficace, la nouvelle BD d’Igor et Boccere est à emporter dans votre valise. Un incontournable de la saison chaude 2021.

Insatiable, Claire Von Corda

InsatiableL’ennui. Un sujet maintes fois traité en érotisme pour justifier les ardeurs des auteurs, les élucubrations libidineuses des pornographes aguerris ou non. Il est facile de basculer vers le poncif, et l’ennui donc. Mais avec Claire Von Corda, je découvre « Insatiable » avec l’excitation de le devenir à mon tour.

Le décor est planté. Un de mes préférés : les maisons de passe. L’héroïne n’a pas de nom. Son anonymat propulse sa sensualité et elle fait exploser ses ardeurs que personne ne parvient à combler jusqu’au jour où elle découvre une maison clandestine aux pratiques extrêmes. Elle décide de s’adonner aux menus sexuels des propriétaires, prête à tout pour se satisfaire.

Le stupre est un humanisme

Je peux m’identifier à cette femme que l’on ne connaît ni ne reconnaît. Je suis à mon tour la cliente régulière de l’établissement où les fantasmes se succèdent, où chacun d’entre eux est assouvi.

C’est un feu ardent qui ne s’éteint plus et j’étouffe derrière tant de jouissance. Je me noie presque, rassasiée, dégoûtée et pourtant en demande constante. J’ignore si je dois m’arrêter ou poursuivre ma quête du plaisir. Atteindre l’extase sans limite me paraît possible.

Vicieux, même si convenu, totalement abusif, ce roman est une cacophonie. Un capharnaüm qui m’a trouvée et fait jouir à la fois. Un joli bordel, dans tous les sens du terme, qui n’atteindra peut-être pas tous les lits mais qui a le mérite de nous questionner sur la réalité du récit. Le mystère de l’auteur biographe.

Il y a un air de new wave et de cave humide, de sexe sale et de stupre. Il y a un besoin de vivre cette expérience hors du quotidien. J’y replongerai dès que possible.

Toutes les chroniques “Petit cochon” de Virginie Bégaudeau sont là.

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