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8,9,10

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8 mai, 9 mai, 10 mai. Trilogie de dates qui au-delà de leur succession dans le calendrier sont toutes des dates emblématiques qui revêtent des points communs évidents. Des points communs que nous avions envie, ce matin, de souligner tant ils nous paraissent pouvoir être le moteur d’un renouveau. Dans ces trois dates, deux nous viennent du passé, une est ancrée dans le présent. Les trois, dans les messages qu’elles charrient avec elles, nous portent vers l’avenir.

8 mai, donc. Fin de la seconde guerre mondiale. Fin de l’un des moments les plus ténébreux de l’Humanité. Pour venir à bout des ténèbres, pour faire à nouveau entrer la lumière dans nos existences, il a fallu le courage d’individus qui n’écoutant que leur amour de la liberté et de la démocratie se sont levés pour lutter contre le joug nazi. Il a fallu des États et des hommes d’État courageux, des préfets (ceux que le pouvoir veut supprimer pour faire moderne…) comme Jean Moulin aussi pour penser la victoire. Il a fallu de l’imagination pour penser le monde qui viendrait après l’horreur.

Ce monde qui fut inventé – en grande partie – dans la clandestinité par les mouvements de Résistance. Il a fallu simplement une volonté farouche de rendre le monde meilleur et différent pour que l’ennemi soit vaincu. Évidemment, le tragique de la période a permis aussi de mettre les picrocholines querelles de côté et de créer ensemble, mais tout de même. Ce que nous dit le 8 mai, c’est aussi cela. C’est cette capacité, pour peu que l’on ait un horizon et un but à se mettre en mouvement.

Du 8 mai, au lieu de passer au 9 mai, passons au 10 mai. Pour toute une partie de la France le 10 mai 1981 fut une journée d’espoir, de joie, et d’aboutissement d’un destin collectif amenant pour la première fois sous la Ve République la gauche au pouvoir. Avec la victoire de François Mitterrand, finalement, le pays tout entier a bénéficié de conquêtes sociales et sociétales que personne ne vient remettre en cause aujourd’hui. Signe, peut-être, que l’union, la patience, la capacité à faire de la politique une littérature est un moyen pour qui porte un idéal de parvenir à unir derrière lui ou derrière elle. Cette leçon est intéressante dans un moment politique incertain où tout le monde se cherche et où personne ne se trouve vraiment.

Ce septennat mais aussi celui d’après par son tropisme pour faire grandir l’Europe nous amènent à la date du 9 mai. Celle d’aujourd’hui. Celle ancrée dans le présent. Depuis 1950, le 9 mai est la journée de l’Europe lors de laquelle nous célébrons la paix et l’unité. Le 9 mai 1950, alors que le projet européen en était à ses prémisses et que le 8 mai 1945 était encore présent, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères pose les bases d’une nouvelle collaboration autour du charbon et de l’acier entre pays européens. Les ennemis d’hier devenant alliés de demain. Il fallait oser.  “La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent”, déclare-t-il notamment ce jour-là. Alors je vois déjà les mines rieuses, les “mais pourquoi nous parle-t-il de l’Europe qui ne nous apporte que des mauvaises choses”, les “nos problèmes viennent de Bruxelles”. Je les entends. Mais n’est-ce pas considérer tout cela par le petit bout de la lorgnette ?

Le 9 mai, journée de l’Europe, commémore la capacité fraternelle qu’ont eu des peuples ennemis de penser collectivement leur destin et enrayer le nationalisme comme ferment de la guerre. Voilà l’esprit profond du rêve européen. Tout cela nous amène à Stefan Zweig qui se suicida avant le 8 mai 1945. Européen convaincu, il animait un cercle d’intellectuels défenseurs de l’idée européenne. Dès le lendemain de la première guerre mondiale, il affirme : “ce que l’on désigne si facilement comme l’idée européenne et qui paraît si pacifique est en réalité une guerre persistante contre l’orgueil national ; l’idée d’une communauté des esprits n’est pas une belle statue, mais une fraternité permanente dans le combat”. Communauté des esprits, peut-être est-ce ainsi que nous devrions rêver et vivre notre Europe. Une Europe patriotique.

Tiens, voilà une idée qui nous ramène à un autre 8 mai. Le 8 mai 1914 date de naissance, selon le calendrier julien, de Romain Gary. Dans son livre rédigé pendant la seconde guerre mondiale “Éducation européenne“, deux passages nous parlent d’aujourd’hui et de demain. D’abord ce dialogue entre Janek et Josia, ces deux jeunes partisans qui luttent contre les Allemands. Dans une scène intime, dans leur cachette dans la forêt les mots échangés disent toute la puissance de l’idéal européen.

– Quand nous aurons des enfants, nous leur apprendrons à aimer et non à haïr.
– Nous leur apprendrons à haïr aussi. Nous leur apprendrons à haïr la laideur, l’envie, la force, le fascisme…
– Qu’est-ce que c’est, le fascisme ?
– Je ne sais pas exactement. C’est une façon de haïr


Quelques pages plus loin, Gary écrit : “Le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres. […] Il y a une grande fraternité qui se prépare dans le monde”.

8 mai, 9 mai, 10 mai. Trois dates. Un message : Sans fraternité, sans collectif, rien n’est possible. Voilà une idée neuve que la journée de l’Europe pourrait porter. Voilà aussi une idée joyeuse. Voilà une idée qui nous permettra de mettre à mal les tentations nationalistes. “Il est encore fécond le ventre d’où surgit la bête immonde”.

Bon dimanche européen et fraternel,

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