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Sophia Aram : « En lisant on s’ouvre à des mondes inconnus »

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Sophia Aram, humoriste géniale de France Inter, sort un bouquin. Au menu : les questions qui tuent et qui - surtout - séparent. On en a causé avec elle. Et on a aussi parlé de littérature, qui elle, "nous réunit". Rencontre.

Humoriste sur France Inter, Sophia Aram est l'une des figures les plus emblématiques d'un humour caustique, d'une audace folle, d'une liberté d'expression faite d'universalisme, d'intelligence, et de courage. Elle publie chez Denoël "La question qui tue", petit recueil savoureux de toutes les micro agressions du quotidien qui minent - un peu - nos vies et avec lesquelles il faut autant composer que rire. Nous l'avons rencontrée, en zoom. Et c'était drôle, joyeux, et plein d'amour de la littérature et des livres, aussi.

Capture D’écran 2021 04 02 À 10.23.46Attention, Sophia, question qui tue de journaliste littéraire : quel a été le déclencheur de ce livre ?

Sophia Aram : Ah oui, en effet ça tue (rires !). Je vais essayer de faire une réponse qui tue, aussi.  Ce livre n'a pas eu de déclencheur particulier. Il n'y a pas eu une micro-agression de trop qui fait déborder le vase. C’était en germe, c’était là, c’était présent. Je ne me suis jamais considérée comme une victime. J’ai toujours vécu ce que j’étais, c’est-à-dire une fille de Maghrébins en France, comme étant plus une chance qu’autre chose. Mes premières confrontations au racisme sont survenues plus tardivement, lors de mon arrivée sur France Inter. C’est en réfléchissant à la question des micro-agressions telles qu’elles étaient présentées par des universitaires américains sur l’aspect exclusivement raciste que je me suis dit qu’on avait tous une histoire et que cela concernait tout le monde : on est tous porteurs de préjugés et on est tous victimes des préjugés.

Si l'on comprend la logique de pointer ces micro-agressions, n'y-a-t-il pas aussi le risque de se cantonner dans une posture victimaire ?

Sophia Aram : Si, bien sûr que c'est le risque. Mais le projet et le but du livre est surtout de nous sortir collectivement des assignations. On est tous victimes des micro-agressions. Je me souviens d'un diner chez des amis où l'un d'entre eux me lance : "toi qui habites à Trappes, tu pourrais me trouver un plan pour de l’herbe". Je suis restée coite. Dans ce diner où je m’assimilais à tout le monde, j'étais tout à coup renvoyée à cette assignation de banlieue et du shit. J’ai été violente dans ma réponse  : « Toi qui est de Boulogne, tu n’aurais pas un plan pute ». Sur le prénom c’est pareil. Quand on me demande si Sophia est mon vrai prénom, on me demande en creux si j’ai honte de mes origines. Loin de l'idée de victimisation, la volonté que je défends dans ce livre est de répertorier ces micro-agressions pour ne pas s’y habituer.  Les mots ont un sens et cela charrie aussi des choses très profondes desquelles il faut se méfier collectivement.