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Retrouver la convivialité

Convivialité

Alors c’était comment cette première semaine déconfinée ? Cette première semaine dans le monde d’après ? Pas terrible, hein. La prise de conscience d’une donnée nouvelle saute à nos visages masqués. Ce confinement aura fragilisé et ébranlé une certaine idée de la convivialité à la française.
L’autre est devenu une menace dont il faut se protéger grâce aux fameux gestes barrières. Les sourires, ces doux moments de complicité entre deux amis, entre un commerçant et son client, entre des amoureux, entre des parents et des enfants, tous ces instants magiques que l’on vit ou que l’on peut simplement observer ont disparu de la rue puisqu’il nous faut (à juste titre) porter un masque.
Sortir faire des courses est un danger. L’efficacité guide nos pas. Nous ne traînons plus dans les rayons. Je ne vous parle même pas de l’expérience folle de choisir ses fruits, de les toucher, ou de les sentir. Cela pourrait nous faire passer pour une sorte de terroriste.
Que dire de la flânerie, la balade, ces moments où seul le chemin que l’on s’invente guide nos pas ? Eux aussi sont encadrés. Pas à plus de 100 kms, à bonne distance et toujours masqué.
Que dire également de nos enfants ? Ils restent toujours potentiellement porteurs et transporteurs du virus qui nous ennuie et – maintenant – il semblerait que certains d’entre eux puissent être touchés. Ils ne sont pas près de retrouver leurs grands-parents, ces « personnes à risque » qui ont bien failli rester confinées.
Cette crise que nous avons traversé, c’est aussi, celle des bistrots, des restaurants, des bars, des boîtes de nuit. Certes, ils ne sont pas encore ouverts, mais que sera le restaurant quand les serveurs seront masqués et que certaines tables seront laissées vides, non pas par manque de clients, mais par besoin de distanciation sociale ?
Nous avons attendu le déconfinement et voilà que le réel nous montre une facette sombre que nous n’avions pas envie de connaître. On pourrait se dire que ce tableau est déprimant. Il l’est, assurément. Mais il est aussi une source d’espoir. Oui, oui, vous avez bien lu. Source d’espoir. Source d’espoir, car au fond, cette convivialité à la française fait partie de nous. Et nous avons en fait chacun et chacune une part de la solution.

Une fois la crise passée, une fois notre peur dissipée et notre méfiance de l’autre évanouie, il faudra se forcer à retrouver cette convivialité. Ce mot « convivialité » fut inventé par Brillat-Savarin pour désigner le goût des réunions joyeuses et des festins. Alors déjà, ensemble, imaginons ces gestes non plus « barrière » mais conviviaux que nous allons retrouver ensemble petit à petit.
Cet apéro à plusieurs où tout le monde parlera trop fort, trop près et en même temps. Ce met délicat et fin que l’on fera goûter à l’ami ou à l’amoureuse avec la même fourchette. Ce sourire donné gratuitement à un ou une passante dans la rue. Cette personne âgée que l’on aidera à porter ses courses ou à traverser la rue. Ces petits-enfants qui couvriront de bisous chaleureux leurs grands-parents. Ces soirées où l’on boit tellement de verres que l’on n’est pas certain d’avoir toujours bu dans le sien. Ces matchs de foot, de rugby ou de handball où – dans les tribunes – nous fêterons un but, ou un essai, collés les uns aux autres. Ces bises que l’on se donnera même si on ne se connaît pas bien. Latins nous sommes. Latins nous redeviendrons.
Même tonton Sigmund écrivait : « La fête est un excès permis, voire ordonné ».  Alors si en plus de nous redonner le sourire, c’est bon pour notre esprit, pourquoi s’en priver ?
Retrouvons la convivialité. Ensemble.

Bon dimanche,

L’édito paraît le dimanche matin dans L’Ernestine, notre lettre inspirante du week-end (inscrivez-vous, c’est gratuit), puis le lundi ici.

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