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G.Araud : « La tournée des bars avec Marguerite Duras est un souvenir mémorable »

Araud Fr

Ex-ambassadeur en Israël puis aux États-Unis, il a occupé le prestigieux siège de représentant permanent de la France aux Nations Unies. De Reagan à Trump en passant par Obama, Gérard Araud a porté haut la voix de l’hexagone pendant quarante années. A l’occasion de la parution d’un livre de mémoires, Passeport Diplomatique (Grasset), nous avons interrogé l’illustre ambassadeur. Au programme : littérature israélienne et mémorable virée avec Marguerite Duras dans les rues de Lisbonne…

Vos mémoires commencent par un récit des jeunes années, celle de votre formation universitaire et de vos premiers pas au Quai d’Orsay. Comment parvient-on à faire carrière dans un milieu si fermé quand on n’est pas issu du sérail ?

Gérard Araud : Lorsque j’arrive au Quai d’Orsay en 1982, subsistent encore des dynasties de diplomates à particules au sein de la maison. Les unes après les autres, elle s’éteindront. J’ai bénéficié personnellement de ce que j’appelle « l’escalier social ». J’étais issu de la petite classe moyenne provinciale. C’était possible car, comme vous le savez, les grandes écoles sont, dans les faits, désormais moins démocratiques qu’elles ne l’étaient y a quarante ans. De fait, pour un jeune de vingt-cinq ans, reproduire aujourd’hui mon schéma serait compliqué. Pas impossible du tout, mais compliqué...

Araudlivre« Rien ne me destinait à être diplomate. Ni héritage ni vocation », expliquez-vous. Alors pourquoi cet heureux hasard. Et surtout : comment ?

En replongeant dans mes souvenirs, je m’interroge : qui étais-je vraiment à vingt-cinq ans ? Je ne savais pas vraiment ce que j’avais envie de faire. J’étais un peu balloté, sans doute parce qu’à vingt-cinq ans, mon vrai problème, qui était un peu obsessionnel étant donnée l’époque dans laquelle je vivais, était plutôt mon homosexualité. Je me débattais avec ça et les autres problèmes, plus pratiques, paraissaient sans doute moins importants.

Dès lors, le Quai d’Orsay, c’était une manière pour le jeune homme que vous étiez de prendre le large ?

Exactement ! Une manière de prendre le large parce qu’on ne se rend pas compte à quel point le milieu dans lequel on vit, sa ville, son école, sa maison et ses murs portent en eux une histoire, une sorte de contrainte, des attentes que l’on projette sur vous… J’avais besoin de sortir de là. De partir seul avec mes valises. D’aller vers un milieu où l’on ne me connaissait pas, où l’on n’attendait rien de moi. Un monde où je n’étais pas supposé être le bon élève catholique et propre sur lui !

Vous avez imposé l’image d’un ambassadeur tout à sa tâche diplomatique mais également passionné par les arts et le rayonnement culturel de son pays. Racontez-nous donc vos liens avec les écrivains…