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L’hiver est chaud

Ernest Mag Hiver Chaud

Le froid est désormais installé. Heureusement, c’est l’orgasme littéraire garanti avec le retour de notre rubrique « Petit Cochon » sur la littérature érotique. Ce mois-ci, Virginie Bégaudeau, nous emmène au fond du désir, elle oscille entre pudeur, sensualité débridée, et perversité assumée. La température monte. Et pour Noël, exceptionnellement, cette chronique est gratuite et pas seulement réservée à nos abonné (e)s. Profitez-en…

Ernest Mag SimpereDes désirs et des hommes- Françoise Simpère

« Je t’écris cette lettre que tu ne liras pas, que je ne t’enverrai pas [ …] Peut-être qu’en te vouvoyant je pourrai t’en dire davantage, en me sentant moins dangereusement exposée. »

Dans ces premiers mots, il y a l’intime et la pudeur, mais ce qui suit a levé le voile sur les tabous et les peurs. L’érotisme des nouvelles est délicat. Clairement délicat et parfumé. Un moment de lecture bref, intense, grisant. Une ambiance de salon de thé grivois sur un divan de velours éblouit par le soleil des baies vitrées art nouveau. Je suis là. Ce texte à la main, le plaisir pur, entre les préliminaires et l’orgasme. Savourer la tranquillité d’une pause gourmande et lubrique, me plongeant dans le corps de ces femmes libidineuses, mais qui me ressemblent. A vous aussi, très certainement.

Ce que j’aime chez Françoise Simpère, c’est la variété de ses courtes histoires au goût de stupre parfois, de chair souvent. L’exotisme de mon fantasme qui vagabonde de page en page, qui s’insinue dans mon humeur du jour, où l’auteur touche forcément juste. Je suis embarquée, sans autre guide que mon désir, dans ces aventures plus sensuelles que pornographiques. Je les fais durer, je les consomme en savourant, en regardant la pendule de l’entrée tout en espérant qu’elles ne se termineront pas déjà.

Sensualité dévorante

Et je vibre en lisant « Traces de vous », conquise par cette plume, franche, fine, qui parvient à me surprendre autant qu’à m’électriser. L’excitation est à son paroxysme lorsque je glane des bribes de ses textes. J’apprécie davantage que la femme parle au nom de sa propre jouissance, que les mots sont les siens, les miens en quelque sorte.

Je m’amuse du cliché de la femme jouissante au contact d’une main, de cette femme fébrile sous les doigts de l’amant, et je ne relève pas cet écart. Je ne suis pas dans l’analyse, je profite pleinement des spasmes de plaisir qui se décuplent et me font chanceler comme une courtisane du XXIème siècle dans son bel appartement parisien.

Une lecture essentiellement féminine qui touche, transporte et stimule les sens.

Ernest Mag Opus Pistorum MillerOpus Pistorum- Henry Miller

« Grande dérive érotique sous les toits de Paris »

Voici l’exacte définition du roman d’Henry Miller. Écrire sur un texte clandestin des années 40 où Henry Miller est au sommet de son œuvre obscène, c’est écrire sur un maître d’érotisme, un amant sulfureux. L’alter ego d’Anaïs Nin, le commanditaire de textes aussi scabreux que délicieux. Et en choisissant « Opus Pistorum », je choisis l’indécence à l’état brut. L’écriture d’Henry Miller est fluide, nette, sans accessoire. Sa clandestinité lui donne une saveur étrangement hors la loi, ou élitiste. Prendre place dans le cercle des riches amateurs de littératures pornographiques où le champagne coule autant que la sueur sur les corps nus, et insatiables. Je suis avec eux, je suis « eux », le Cancer et le Capricorne de l’auteur.

La scène d’ouverture est prometteuse. Je me suis confortablement installée en vue des événements à venir et je ne serai pas déçue.

Entrer dans les turpitudes des personnages

Mal à l’aise, j’aurais pu m’arrêter au bout de quelques pages. Non. Il y a tant de matière à explorer dans ce texte que j’admets mon envie lubrique d’escorter Jean Jeudi au cœur de ses turpitudes. De l’y rejoindre surtout. A l’image des Onze Mille Verges, le récit est truffé de second degré, ce qui rend la lecture doublement intéressante. Jouir et réfléchir. C’est parfait. Orgies et élucubrations lubriques, j’ai le loisir d’explorer toutes les facettes de cet érotisme trompeur. Non, ce n’est pas érotique. C’est du sexe lourd et grave. Comme le vin laissé en bouche trop longtemps et qui nous accompagne un moment. Le sexe sale que j’aime trouver tel le réconfort des textes inavouables ou des jours trop mornes.

C’est un Paris licencieux d’un siècle envié et oublié qui se cache dans les décors de Miller, la nostalgie des libertaires peut-être. L’expérience est parfaite et je la prolonge avec vous sous ces conseils amateurs. Lire Henry Miller, c’est découvrir un pan de littérature érotique aussi furtive que magnifique.

Ernest Mag Chloe EcumeChloé, trop plein d’écumes – Riverstone

Lorsque La Musardine annonce la publication de « Chloé, trop plein d’écumes » de Riverstone, j’attends. Mais je n’attends pas sans pensées. J’attends la sublime édition de cette œuvre majeure et visionnaire de la fin des années 80. Je ne me suis pas laissée tromper par le trait magnifique de l’auteur, la douceur des courbes et de ses héroïnes. Les décors poétiques qui résonnent comme des livres d’enfants. Non. Chloé, c’est de la bande-dessinée pornographie que l’on vend derrière les comptoirs.

Le thème me tient à cœur. La place des femmes dans un avenir proche, réduite à l’état d’objets sexuels dont chacun peut abuser. Il y a un écho sur notre situation actuelle, et malgré le plaisir de la lecture, je suis inconfortable. Mais dès la rébellion de Sarah et Chloé contre l’ordre établi, leur exigence d’être payées pour donner le plaisir imposé aux hommes, je suis conquise. La prostitution en toute légalité, pour survire et s’émanciper. Littéralement un sujet qui me touche et encourage mon aventure. Le récit est un hommage non feint à « L’Écume des jours », aussi extravagant que poignant, mais il est impudique. Excitant et plus que jouissif.

Un chef d’oeuvre d’érotisme. Tout simplement.

Je suis concernée par cette traite ignoble, ce contraste entre esclavage et liberté. Les situations sont dessinées pour l’obscénité du lecteur, c’est réussi.

Même si la représentation des femmes n’a rien de novateur, avec des courbes placées et des jambes infinies, j’y suis sensible. L’aquarelle est au cœur du dessin, réussissant à estomper, sinon adoucir les scènes les plus sombres, celles que je préfère malgré tout. Entre pornographie, romantisme et noirceur, l’équilibre est parfait.

Le plaisir est mêlé à l’exceptionnel travail de l’auteur d’où jaillit l’orgasme que j’attrape à la volée. Un véritable coup de cœur, l’une d’est plus belles bande-dessinées que j’ai lues et avec laquelle j’ai vibrée. Une dystopie loufoque et juste à la fois. Un chef d’œuvre d’érotisme, tout simplement.

Toutes les chroniques « Petit cochon » sont là.

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