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Encore fécond le ventre…

Arturo Ui

Samedi 27 octobre, un terroriste américain protestant est entré dans une synagogue à Pittsburgh et a tué 11 personnes, juives, venues pratiquer tranquillement leur religion lors de l’office de Shabbat.
Dimanche 28 octobre, le Brésil a élu un nouveau président, nostalgique de la dictature militaire.
Mercredi 31 octobre, Emmanuel Macron, président de la République française, se dit préoccupé par la similitude entre l’époque actuelle et les années 30.
Mercredi 31 octobre toujours, un sondage publié par Ouest-France affirme que 41% des Français sont prêts « à un pouvoir autoritaire pour réformer le pays en profondeur ».

Entre ces différents évènements dont la liste n’est évidemment pas exhaustive, il n’y a – a priori – aucun lien. Et pourtant, force est de constater qu’ils constituent une toile de fond. Une toile de fond qui mêle violence, rejet de l’autre, peur de l’avenir, sentiment d’abandon et recherche de bouc-émissaire. Un cocktail explosif qui est celui qui a mené au pouvoir toutes les dictatures de l’histoire.

Est-il déjà trop tard ?

Un cocktail qui a été raconté dans des essais, mais aussi de nombreux romans. Notamment celui d’Antonio Tabucchi « Pereira Prétend ». Dans ce livre sublime, Pereira journaliste de faits divers s’aperçoit peu à peu que s’installe un pouvoir autoritaire qui chaque jour renie un peu plus les libertés et les citoyens ne font rien. Ils attendent. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Chacun des évènements de ces derniers jours est une alerte. Ce qui est compliqué, c’est évidemment de savoir à quel moment réagir. Ce qui est compliqué, c’est de savoir s’il est déjà trop tard. Ce qui est compliqué, évidemment, c’est de savoir comment agir. Quoiqu’il en soit, il est clair que des alertes sont là. Puissantes et répétées. Ainsi que l’écrivait Bertold Brecht dans la « résistible ascension d’Arturo Ui » : « il est encore fécond le ventre d’où surgit la bête immonde ». Est-il déjà trop tard ? Est-il déjà minuit ? Le ventre est-il déjà rempli de nouvelles bêtes immondes ?

Les réponses sont évidemment positives. Sauf peut-être à la question est-il trop tard ? Grâce aux livres et à l’art en général, il n’est jamais trop tard. Et le poète israélien Yehuda Amichaï nous invite à recréer du commun à travers un poème qui résonne avec l’actualité.

« Je suis un raciste de la paix :
les yeux bleus tuent,
les yeux noirs massacrent,
Les cheveux frisés égorgent,
les cheveux lissent bombardent,
les peaux mates dépècent ma peau,
et les peaux blanches versent mon sang.

Seuls ceux qui n’ont pas de couleur
seuls les transparents sont bons
qui me laissent dormir la nuit en paix
et apercevoir le ciel
À travers eux. »

Photo : DR Comédie Française

Tous les éditos d’Ernest.

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