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Sensualité d’automne

Ernest Mag Sensualite

Pour attaquer les premières fraîcheurs de l’automne, rien de tel que les chroniques sensuelles de la rubrique Petit Cochon d’Ernest. En route pour une danse sensuelle automnale.

L’Orage – Toutes les femmes s’appellent Marie – Régine Desforges

Ernest Mag DesforgesL’amour passionnel, l’amour dévastateur. La folie du deuil. L’audace et l’indécence d’une veuve en pleine fleur de l’âge. C’est ce que m’a offert Régine Desforges dans ce court, très (trop ?) court, roman.

« Je reviens de ton enterrement. Il fait beau. Il fait beau comme tu aimes, avec un vent léger qui fait chanter les peupliers. Je t’aime. » Tout est posé en quelques phrases. Le malheur de Marie, amoureuse et prête à nier la mort et l’abandon. Son journal est un bijou d’indécence. Une œuvre en toute obscénité, comme la mort elle-même, que la plume acérée de l’auteur dépeint avec force. C’est aussi excitant que sinistre. Il n’y a rien de romantique dans les mots de Marie, de la pornographie et de l’insanité seulement. L’héroïne décide de faire revivre son mari à travers sa perversité enfouie auprès d’hommes inconnus. Des hommes débordant de luxure prêts à tout pour assouvir leur désir, le mien avec. Je ressens sa frustration, un peu celle de son mari à l’époque où Marie ne lui cédait rien, et j’explore avec elle toutes ces tentations libidineuses.

A dévorer entre le canapé et le lit, en plaisir.

Rattraper le temps perdu, le faire fructifier ou mourir avilie de sueur et de sperme comme elle pourrait le dire, je l’escorte. J’aime la noirceur du récit et la violence des scènes. L’équilibre entre vulgarité et érotisme est parfait.

C’est une descente douloureuse, une décadence accompagnée de sexe pur, à la recherche d’un époux qui ne reviendra plus mais à qui elle dédie chaque débauche, chaque parcelle de son corps souillé par une forme d’adultère fantôme. Cru, agressif, ce texte ne m’a pas épargnée. C’est exactement ce que Régine Desforges a choisi pour son personnage en détresse et coupable en quelque sorte. Un fantasme roman qui ne se dévore pas mais se savoure, se pose comme la mort au milieu de nulle part. Entre le canapé et le lit pour profiter des plaisirs de Marie, que l’on envie peut-être un peu.

 

Les Mémoires de Fanny Hill- John Cleland

Ernest Mag HillLe XVIIIe siècle entre lumière et luxure. L’insolence pour notre époque, une certaine banalité en somme, mais un érotisme immoral et jouissif. C’est exactement ce que j’ai trouvé en rencontrant Fanny Hill. Conquise par cette jeune prostituée encensée par l’aristocratie, je la suis dans son zèle, admirant ses pratiques licencieuses, perverses et explosives.

Deux siècles séparent l’écriture et la publication de l’ouvrage. La Grande Bretagne autorisant le texte considéré aujourd’hui comme une œuvre majeure du libertinage. Il y a une part d’interdit dans cette lecture

Transportée aux tréfonds de la jouissance

Le style me séduit. Là où se dissimule tant de pornographie, tant d’obscénités, je n’y trouve que de la métaphore, grivoise à souhait. Le frisson est là, le plaisir monte à mesure que les quelques pages se tournent. L’impatience d’en apprendre sur l’initiation de Fanny jusqu’à son expertise des orgies, me grise. Je veux être son ombre. Pratiquer avec elle. Prodiguer les sévices et les caresses. Etre aussi les clients attisés que l’on soulage si bien.

Son expérience et ses conseils prodigués au lecteur me touchent comme le tabou des plaisirs solitaires. La ténacité de Fanny me convainc de la suivre au grès de ses péripéties hautes en couleurs, d’accompagner cette héroïne qui revendique une sexualité entière et gaie. J’ajoute que la préface de Guillaume Apollinaire campe des préliminaires aussi lascifs que torrides. Des histoires de sérails, des mésaventures de jeunes filles très sages devenues prostituées. Toutes ces turpitudes qui m’excitent et me transportent aux tréfonds de ma propre jouissance. La vôtre aussi sans aucun doute

 

Panorama de la bande dessinée érotique clandestine – Bernard Joubert

Panorama De La Bande Deinee Erotique Clandestine 1A l’époque où la pornographie était illicite ou immoralement délicieuse, les auteurs ne cessaient pas d’en écrire ni les dessinateurs d’en produire. L’anonymat est excitant, la lecture « sous le manteau » davantage. Sans doute la honte stimule-t-elle le plaisir. Et un jour, Bernard Joubert a eu la délicieuse idée de rassembler toutes ces œuvres en un même ouvrage. MERCI. C’est tout à fait ce que j’ai envie de lui dire. Merci d’avoir libéré ces esquisses, ces planches retenues en otage. Merci de m’avoir transporté dans un monde où la pop culture rejoint la pornographie, de m’avoir attisée par quelques personnages familiers en positions obscènes, dans un contexte plus que luxurieux.

A déguster entre deux pause café ou entre deux jeux coquins

Je découvre ces archives sexuelles, ces bandes-dessinées interdites aussi satiriques que jouissives. Il n’y a plus de censure, tout est mis à nu et offert à la vue des plus avertis. J’aime l’idée que des décennies sont passées sur ce travail hors la loi, c’est terriblement plus excitant. La variété des traits et des histoires me permet de goûter davantage à ce régal coupable. Le livre entre les mains, je me retrouve sur un trottoir, un soir de pluie, entre réverbères et caniveaux en fumée. Un trench ouvert sur des bas résilles, peut-être une cigarette au bord des lèvres, en attendant l’amant d’une ruelle.

L’idée d’être au cœur d’une sexualité militante et satirique, crue et violente, confirme cette ambiance électrique dans laquelle je me suis glissée. Tout est cliché, mais assumé et l’écart de conduite se transforme vite en plaisir pur. A déguster entre deux pauses café ou deux jeux coquins.

 

Toutes les chroniques “Petit Cochon” sont là.

 

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