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Sensualités japonaises et chinoises

Nozokiana Visual

Le “Petit cochon” est de retour. Les mots comme outils de fantasme et de plaisir. Pour sa chronique littéraire et érotique mensuelle, Virginie Bégaudeau a choisi de nous faire voyager. Cela en partant au Japon et en Chine. Cela en invitant le lecteur à entrer dans les sensualités orientales et à se laisser porter par la liberté et l’érotisme sans limites de l’onirisme nippon. Exquis.

L’homme qui ne vécut que pour aimer – Ihara Saikaku

Ernest Mag Japon ErotiqueUNL’érotisme nippon peut être aussi onirique que violent. Méconnue mais non moins riche, la littérature japonaise met les sens à l’honneur, l’enveloppant d’une mise en scène toujours plus surprenante. Entre voyage et mœurs souvent dissolues, j’ai adoré m’immerger le temps de quelques pages au cœur de cette culture luxueuse et luxurieuse.
Avec le célèbre roman de Saikaku publié au XVIIe siècle, j’ai choisi de voyager dans le monde des plaisirs. J’ai tenté d’accéder à cette culture de l’époque Edo sublimée par la plume de l’auteur, ancien marchand qui se consacra à l’écriture à la mort de sa famille.

Le sexe sublime l’histoire et transporte

Dans « L’homme qui ne vécut que pour aimer », je rencontre Yonosuke, un érotomane de soixante ans qui aura entretenu 3742 relations charnelles. Loin devant Don Juan. Toutes les pratiques sexuelles y sont essayées, mais jamais listées comme un catalogue. Je m’y suis plongée, perdue souvent et eu envie de les reproduire une fois la page tournée. Saikaku est un pornographe. Un vrai pornographe. Lucide sur ses pairs, il me déroule une fresque humaine où le sexe sublime l’histoire, où le sexe transporte, où le sexe fait rêver.
C’est un roman où règnent une esthétique incomparable et un pouvoir érotique extrêmement fort. J’y ai parcouru des lieux exceptionnels tels que le Shimabara de Kyoto ou Yoshiwara d’Edo. Quant à l’île des femmes, elle est à dévorer. J’ai découvert la passion et la bienséance dans ce texte d’une rare beauté et la fébrilité ne s’arrête pas au dernier mot. C’est salace. Libertin. Puissant. Les héros sont libres, ils m’ont d’ailleurs emportée avec eux, dévorant, avide de luxure, leurs prouesses

De la chair à l’extase – Yu Li

Ernest Mag ChairextaseLe titre est évocateur. Ni prétentieux ni trompeur. Et pourtant, il n’est qu’une interprétation de ce sublime roman chinois. Un roman érotique ? Bien sûr. Un roman d’aventure ? Aussi. Le classicisme du roman de Yu Li, l’un des plus célèbres textes érotiques chinois, est un apprentissage libertin, libre et sublime. Sexuellement renversant.
J’ai essayé de percer les codes de pensées, l’humour et l’ironie de cet auteur qui m’a autant électrisée qu’instruite. Brut et scandaleux, j’ai été propulsée dans cette arène chinoise du XVIIe siècle, spectatrice conquise, excitée, de l’aventure d’un amoureux satyre.

Ce livre est une drogue

L’imagination de l’auteur est débordante, fougueuse. Les scènes sont soignées. J’ai apprécié me retrouver au cœur d’une intrigue aussi luxurieuse que palpitante. Une aventure par procuration, une aventure lubrique et distrayante. Insatiable, le personnage de Weiyengsheng subira une opération chirurgicale pour satisfaire ses nombreuses maîtresses et jouir des plaisirs érotiques comme on jouit des moments intimes de notre vie.
Ce livre est une drogue, l’addiction au sexe davantage, mais entre les mots rythmés par les soupirs d’extase se niche une douce leçon de morale. Ce n’est pas aussi allègre que j’ai pu l’imaginer au début de ma découverte. Au contraire. Les turpitudes se mêlent aux réflexions sociologiques, à mes rêves charnels plus ou moins erronés sur la Chine ancienne. J’ai adoré être ballotée d’intrigue en intrigue, toujours au gré de l’excitation qui s’intensifie jusqu’au bout.
Un coup de force, une virtuosité rare qui m’a donné envie d’explorer encore un peu plus, les délices de ces fantasmes qui n’existent qu’à travers les livres.  Néophytes ou amateurs, vous y dégusterez extase et culture. Un goût de perversion dans un univers de règles strictes.

Nozokiana – Tome 1 : Nozokiana – Wakoh Honna

Ernest Mag Chair ExtaseLe terme hentai signifie « métamorphose » et « perversion ». C’est un terme utilisé en Occident pour désigner des mangas (ou des animés) pornographiques. Ici, je m’intéresserai au manga. Le hentai a plusieurs classifications, et représente en majorité des interactions hétérosexuelles. L’on y trouve des comportements dits « déviants » allant de la copulation avec des monstres au Sadomasochisme, en passant par les femmes possédant un pénis (futanari) ou des jeunes filles aux physiques immatures (Lolicon).
A l’origine, le hentai était connu sous le nom de Shunga, du XVIe au XIXe siècle. Le Shunga s’efface peu à peu face à l’art de la photographie pornographique au XIXe siècle. Lassé par le caractère trop réaliste des modèles photos, Osamu Tezuka définit un nouveau type de dessin : le manga. Le hentai connait alors un essor fulgurant au XXe siècle et est aujourd’hui aussi populaire au Japon qu’en Occident.
Illustration  avec Nozokiana de Wakoh Honna, le premier tome d’une saga de treize volumes. Clairement pornographique, j’ai notamment apprécié la douceur du dessin, l’univers édulcoré et son ambiance différente d’une grande majorité des hentai. Malsain, envoûtant. Les courbes féminines sont sublimes, malgré quelques caricatures du corps, et mises en valeur grâce au travail de l’auteur.

Érotisme sans limite

Un épisode particulièrement excitant dans lequel je me suis positionnée en spectatrice derrière un trou. La tension monte rapidement en quelques pages. Et ce, depuis la couverture avec une jaquette qui a attisé ma curiosité. Les bases y sont posées et Wakoh Honna affine les caractères de ces personnages. Manipulateurs, voyeurs, vicieux, impulsifs, je les ai rencontrés. Pas totalement apprivoisés, j’attendrais la suite de la saga pour approfondir mon intimité avec eux.
Une histoire rythmée. Provocante. Lorsque Tatsuhiko emménage à Tokyo, il découvre un trou dans le mur de son studio qui semble exalter sa jolie voisine Emiru. Voisine qui lui proposera un pacte des plus lubriques.
Un huis-clos érotique où chaque scène m’a aiguisée, où chaque regard jeté de l’autre côté de la pièce m’a convaincue de prendre part à leur chantage mutuel. L’érotisme est presque sans limite, tant dans la sensualité que dans l’horreur des situations. J’ai littéralement été conquise par cette ambivalence. Les scènes ont leur place, il n’y a pas de superflu.
C’est indécent, incandescent parfois. Un lecteur ingénu ? Un lecteur averti ? Les deux sans hésitation et une série qui risque de se laisser aussi bien dévorer que la chair des héros.

Ero Guro Hokusai Le Reve De La Femme Du Pecheur Nozokiana T.IX 3 Nozokiana T.VIII 4

Toutes les chroniques littéraires et érotiques de Virginie Bégaudeau.

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