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Écrire sur le foot : comment égaler « la main de dieu » ?

Ernest Mag Capture Maindedieu Maradona

Ce 14 juin la 21ème coupe du monde de football démarre en Russie. L'occasion de se demander pourquoi foot et littérature sont toujours aussi fâchés dans l'hexagone ? L'occasion aussi de découvrir qu'écrire sur ce sport à la dramaturgie si particulière est complexe. Pourtant les Anglais y parviennent très bien. Enquête.

Ernest Mag Capture Platini Duras

Duras et Platini dans Libé en 1987

"Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de 22 handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints". Voilà ce qu’écrivait Pierre Desproges à propos du foot. Une charge qui dit bien avec quel mépris les intellectuels et écrivains français traitent ce sport. Comme si au fond le foot restait un sport populaire sans intelligence qui ne pouvait pas s’allier avec les lettres. Voilà une exception bien française. Et bien ancrée. Cela même après les victoires des Bleus au Mondial en 1998 et à l’Euro en 2000. Tellement bien ancrée que l’on cherche encore l’écrivain qui pourrait à l’instar d’Albert Camus déclarer : "Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football." Finalement, les deux univers se regardent en chiens de faïence. Un peu comme Marguerite Duras et Michel Platini ce 15 décembre 1987 lorsque Libération avait décidé de les réunir pour un entretien croisé.

Alors que les semaines à venir verront le foot s’étaler sur l’espace médiatique, ce sport populaire ne semble donc toujours pas soluble dans le périmètre intellectuel français. Comme l’huile et le vinaigre. Dans ce contexte, une initiative prise il y a deux ans a surpris : l’association des écrivains sportifs a monté une équipe de France composée… d’écrivains. "La Fédération française de football est tombée des nues quand on le leur a proposé", rapporte Benoît Heimermann, président de l’association des écrivains sportifs, créée par Tristan Bernard en 1931. La Fédération leur a néanmoins octroyé l’autorisation de porter le nom "d’équipe de France". Mais sans subvention afférente.