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Paradis romanesque

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Traîner avant de lire la dernière page. Faire durer le plaisir des derniers mots de Luca di Fulvio et de son dernier roman qui paraît chez Istya /Slatkine & Cpgnie quelques mois après sa mort (nous vous disions ici tous les liens d’Ernest avec Luca di Fulvio). Dans “Le paradis caché”, tous les éléments qui font un roman de Luca Di Fulvio sont présents : sens du romanesque, épopée historique, un regard sur hier qui éclaire aujourd’hui et surtout cette capacité – immense – de conteur. Il y avait du Dickens ou du Dumas chez Di Fulvio écrivions-nous ici il y a quelques années. Dans ce roman superbe d’une profondeur et d’une noirceur lumineuse implacable, il y a aussi quelque chose d’Umberto Eco. L’action se passe à la fin de l’Inquisition, en Italie, au moment où Galilée est condamné pour avoir affirmé que la terre tournait autour du soleil. Cela raconte l’histoire de deux enfants Susanna et Daniele, élevés dans le même couvent et liés par la vie. Quand le destin les sépare et que l’obscurantisme de l’Église du 17e siècle semble les condamner, ils trouvent de la ressource pour survivre, et surtout pour résister.

Noirceur lumineuse

Dans ce roman historique sublime, Luca di Fulvio livre une critique féroce de l’intégrisme religieux qui empêche les individus de s’épanouir et de vivres libres. Il narre un morceau d’humanisme dans la poésie qu’il met dans ses mots pour parler de ses personnages. Il y a aussi un deuxième niveau de lecture dans ce roman. L’interrogation qui surgit pour chacun et chacune sur ce qui constitue le sens de leur vie et de leur existence. Avec ce titre “Le paradis caché”, et avec Daniele et Susanna, Luca di Fulvio interpelle le lecteur sur ce qu’il ou elle cherche. Quel est le chemin ? Quel est le paradis caché d’une vie ? La dernière page se tourne alors que l’émotion est grande. Grande par la force romanesque du livre, grande par les destins narrés par Di Fulvio, grande par la puissance de résonance de cette lutte par la recherche de la beauté contre les obscurantismes religieux, grande aussi par le style à nul autre pareil de Luca di Fulvio. Grande, enfin, par cette phrase de Cioran qui “clôt” le livre “un moine et un boucher se bagarrent à l’intérieure de chaque désir.” A lire, simplement. Avant de lire ou de relire les autres romans de Luca.

“Le paradis caché”, Luca di Fulvio, Istya/Slatkine & cpgnie.

Tous les livres du vendredi d’Ernest sont là.

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