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La peste Zemmour

ERNEST M

Cette semaine, Frédéric Potier a lu Gérard Noiriel qui lui a relu tout Zemmour et tout Drumont pour poser un verdict sans appel : Zemmour c’est le Drumont d’aujourd’hui. Puissante déconstruction de la peste Zemmour.

Le Venin Dans La PlumeMais quelle mouche a piqué l’historien Gerard Noiriel pour s’infliger une telle souffrance ? Relire TOUT Zemmour et TOUT Drumont ! Vraiment, c’est très dangereux pour la santé ça. On imagine les vacances de Noiriel : ce matin Zemmour, cet après-midi Drumont, ce soir Maurras et Soral… C’est un coup à finir dingue, à ne plus croire en l’humanité et à prendre un vol direct sans retour pour les îles marquises. Heureusement pour lui, Gerard Noiriel ne semble pas avoir été contaminé par la toxicité et la noirceur des écrits en question. “Le venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République” est au contraire un ouvrage très équilibré ne cédant en rien aux raccourcis historiques ou aux anachronismes. C’est une mise en lumière de la méthode relativement proches que les deux polémistes ont mise en place pour répandre leurs discours de haine, Drumont contre les juifs, Zemmour contre les musulmans (entre autres). “Pour comprendre l’écho public que rencontre le discours d’Eric Zemmour aujourd’hui, (…) il faut y voir la mise en œuvre d’une grammaire dont les règles ont été établies par Edouard Drumont à la fin du XIXe siècle” avertit Noiriel.

Zemmour c’est le Drumont d’aujourd’hui

Étudier les écrits du principal inventeur de l’antisémitisme politique et les comparer aux délires de la plume zemourienne amène l’historien à identifier des points communs : la pression économique pesant sur les médias, la recherche du scandale et de la polémique, la désignation d’un bouc émissaire, l’essentialisation sur une base raciale ou religieuse, la stratégie de réécriture d’une histoire de France mythifiée, le développement de thèses identitaires extrêmes… On reste souvent sans voix face aux théories nébuleuses et aux incitations à la haine du duo Zemmour-Drumont. “Nous sommes tous des catholiques vendéens” (???!!!) n’hésite pas à écrire l’éditorialiste du Figaro… Il faut remercier Noiriel de nous avoir épargné la lecture exhaustive de ces bréviaires du refus de l’altérité et de la différence. Là, on a tout sous la main, y compris l’analyse des commentaires des fans de ces deux auteurs (c’est dire l’abnégation de l’auteur…). Si la conclusion n’est pas complètement convaincante (notamment sur la figure de George Bernanos) elle évoque cependant quelques pistes. Replacer le social comme clivage politique (comme le fait l’excellente étude de la Fondation Jean Jaurès sur la jeunesse périphérique) permettrait de sortir des questions d’identité et donc de dépasser la dialectique xénophobe du “nous” et “les autres” qui se trouve au cœur de ces discours racistes et antisémites. Merci Gerard Noiriel pour ce travail, on vous souhaite un prochain ouvrage plus gai…

Toutes les chroniques de Frédéric Potier sont là.

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