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Langues vivantes

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Carole Zalberg ne tient pas sa langue pour vous dire tout le bien qu’elle pense de ce roman très fort.

 

 

Alors qu’elle doit batailler pour se réapproprier son prénom de naissance, la narratrice de Tenir sa langue, arrivée enfant en France au lendemain de la chute du mur, est amenée à convoquer les souvenirs d’une Russie jamais vraiment quittée. Débute alors une sorte d’inventaire des liens avec l’un et l’autre de ses deux pays, et des mots pour les dire. Dans ses allers et retours réguliers entre banlieue stéphanoise et datcha des grands-parents adorés, la petite Pauline/Polina emporte un bagage de langue pour chaque pays, y découvre parfois des mots clandestins, qui se sont glissés là tels des chats redoutant l’abandon. Il faut dire que sa propre mère, si elle impose qu’on parle français en France, enrobe de russe les termes qu’elle cherche à adoucir ou rendre moins menaçants. Ainsi cette materneltchik où la nouvelle venue, tant qu’elle n’a pas les mots pour lire le sens, pour être entendue et donc reconnue, flotte dans un temps hostile et vain.

A travers sa remémoration des traces et son absurde combat administratif, Polina Panassenko fait revivre, dans sa langue unique parce que nourrie à deux cultures, deux musiques, deux âmes, le tournant du siècle et dans ce monde bouleversé, ses propres déchirures, ses questionnements, les cahots sur son chemin. On la suivra avec délice et émotion jusqu’à la coexistence pacifique de ses deux puissances intérieures.

Tous les livres sur les genoux de Carole Zalberg sont là.

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