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Un continent d’avenir

Afrique Europe

Cette semaine, Frédéric Potier porte son regard vers l’Afrique et nous invite à mieux appréhender ce qui nous unit à elle à travers un plaidoyer à deux voix pour une nouvelle vision des échanges afro-européens.

Pour une fois, cette chronique ne vous parlera ni de l’élection présidentielle ni de l’Ukraine. Je vous propose de passer la Méditerranée et de regarder du côté de l’Afrique. En effet, le grand historien Achille Mbembe et le haut fonctionnaire Rémy Rioux, patron de l’Agence Française de Développement (AFD), ont eu l’excellente idée de nous livrer un “Regards croisés entre l’Afrique et l’Europe” dont le titre “Pour un monde en commun” résume l’ambition. Publié par Actes Sud, cet échange est animé par la journaliste du “Monde” Séverine Kodjo-Grandvaux. Autant dire d’emblée que cet opus vise haut et nous éloigne des élucubrations fumeuses des commentateurs de salon et des analyses de comptoir.

IMG 1506Car l’Afrique est essentielle dans l’avenir de l’Europe, qu’on le veuille ou non. En 2100 le continent africain rassemblera 40% de la population mondiale, soit 4 milliards d’humains.  Une raison suffisante pour creuser la question. Mbembe et Rioux nous proposent de lancer un nouveau regard sur ce qui nous unit à l’Afrique en repensant complètement des concepts et des doctrines qui structurent depuis des années cette relation. Il en va par exemple de la notion de développement, dont on comprend bien à la lecture de l’échange ce qu’elle peut contenir de préjugés ethnocentristes et de condescendance post-coloniale. C’est également le cas des outils financiers traditionnels (forgés par le FMI notamment) qui ne tiennent pas suffisamment compte des bassins de vie et des relations trans-frontalières.

Renverser les limites étatiques qui nous enferment dans une vision du monde obsolète.

Au fond, nous disent les deux auteurs, il faudra bien renverser les limites étatiques car elles nous enferment dans une vision du monde obsolète. Sortir de l’héritage colonial et repenser l’action publique c’est évidemment tenir compte des impératifs écologiques. L’Afrique ne pourra pas être vivable si elle suit une trajectoire d’industrialisation occidentalisée aussi consommatrice en ressources du vivant. Mbembe et Rioux appellent donc à imaginer une politique et une diplomatie du vivant qui préservent les conditions d’habitabilité de la Terre. Le propos est ambitieux, l’analyse est rigoureuse. Voilà brossée pour le prochain gouvernement une plateforme programmatique qui se veut à la hauteur des enjeux.

Ce beau plaidoyer pour une nouvelle vision de l’Afrique et une action internationale repensée devrait passionner tous ceux qui œuvrent dans la coopération, mais plus largement ceux qui se sentent un peu à l’étroit dans un hexagone. En cela ils auraient d’ailleurs pu citer le grand Jaurès : “Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène“.

Tous les Essais transformés de Frédéric Potier sont 

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