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Le coup de la panne

Ernest Mag Le Silence

Nous le disions la semaine dernière. Les grands écrivains osent tout. C’est même à cela qu’on les reconnaît. Celui de cette semaine nous avait plutôt habitué à des livres fleuves. Il en publie cette année un bref. 100 pages. C’est la seule chose qui diffère. Sinon, son talent – immense – est toujours intact. Sa propension à emmener ses lecteurs dans les failles du monde dans lequel ils vivent également. Le grand Don DeLillo est de retour. Et c’est un événement. Ce nouveau roman intitulé « Le silence » nous fait rencontrer différents protagonistes : Jim et Tessa qui sont dans un avion et qui se préparent à atterrir à New York pour rejoindre Diane et Max et Martin pour regarder la finale du Super Bowl (football américain). Le décor est planté. Tout se dérègle. Une panne géante de toutes les connexions numériques survient. L’avion manque de s’écraser et Jim et Tessa déambulent dans une Big Apple plongée dans l’obscurité pour aller rejoindre leurs amis.

Une poétique humaine

Ce surgissement inattendu de la suppression des connexions entraine les héros du livre dans des questionnements internes puissants. La solitude de la bataille de chacun avec l’existence est mise à nu. Elle réfléchit dans le noir alors que l’égotrip des écrans n’est plus possible. Ce livre resserré est d’une intensité folle et est très juste sur ce qui nous lie les uns aux autres. Quand Tessa et Jim comprennent qu’ils viennent d’échapper à un crash d’avion, qu’ils sont à l’aéroport. Il faut faire plein de formalités mais l’un dit à l’autre : « mais d’abord ». Ils s’enferment dans les toilettes et font l’amour. Cela dure une demie page et c’est beau. Les discussions entre les amis sont plus franches. Plus directes. Comme si la fin du monde était proche. L’écriture de Don DeLillo est ciselée et épurée. Comme si par l’épure et la brièveté il voulait nous dire que nous croulons sous les mots inutiles et qu’il fallait recentrer notre façon de nous parler. Don DeLillo nous invite à regarder derrière le lampadaire de notre monde animée par les lumières des écrans. Un livre poétique, au fond. Qui nous rappelle à quel point le langage est un outil de concorde.

Le silence, Don DeLillo, Actes Sud, 11,50 euros

Tous les livres du vendredi sont là.

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