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Mourir debout

Livrevendrediconsul

Les héros sont des hommes ordinaires. L’actualité tragique et récente vient encore de nous le rappeler. Sérendipité de la vie, il se trouve que ce livre est tombé avec grâce dans nos mains il y a quelques semaines. Nous avions prévu de vous en parler. Nous avions même utilisé l’un des extraits dans un édito du dimanche matin « La vie d’un homme est d’abord esquissée à main levée, l’artiste comble les vides, précise un trait, creuse un espace plat en ajoutant de l’ombre ou de la couleur, il donne naissance à une forme avec un peu d’âme, le dessin est alors achevé, il ne sortira plus de cette grande feuille, il faudra le ranger pour en faire un autre. » (L’édito complet ici). Malheureusement, l’actualité récente avec l’assassinat de Samuel Paty nous donne l’occasion d’en parler. Le « Consul », signé Salim Bachi (Folio) raconte l’histoire d’Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux qui a décidé, en juin 1940, de signer des dizaines de milliers de visas, contre l’avis de la dictature de Salazar au Portugal. Le livre narre son histoire, ses doutes, ses peurs, sa conscience puissante qu’il lui fallait se lever contre la bêtise des ordres qu’il recevait et contre la bêtise de l’époque.

Choisir son camp en homme debout

S’élever contre la bêtise de l’époque. Défendre contre tout l’idéal humaniste d’émancipation. Voilà une histoire et une trajectoire qui résonnent avec le moment que nous vivons. Ce moment où – malheureusement – il faut choisir un camp. Celui de la collaboration idéologique et de la légitimation intellectuelle d’un mouvement profond de la société qui vise à détruire ce que nous sommes, ou alors celui de la résistance, du soulèvement, de la mise en accusation de ces fanatiques qui veulent la fin de notre monde. Aristides de Sousa Mendes, dans une époque encore plus tragique s’est levé. Il n’a pensé qu’à ce qui devait unir le genre humain avant que de le diviser. Il nous appartient, à tous, dans un moment différent de suivre ses pas. De ne jamais renoncer, de ne jamais s’agenouiller face à ceux qui veulent nous détruire. Toujours dire que dans nos différences il y a de l’unité et qu’il nous faut – profondément -travailler à ce qui nous lie. Au-delà de cette résonance, la plume de Salim Bachi virevolte au cœur de la personnalité complexe d’Aristides de Sousa Mendes et nous montre toutes les facettes d’un homme qui croyait au ciel et qui se senti trahi par lui, un homme qui croyait au Portugal et qui ne s’y reconnaissait plus, et enfin d’un homme – humain trop humain – qui malgré la grandeur de la mission qu’il s’assignât alors est un homme comme les autres, avec ses peurs, ses amours, ses bassesses. Le livre est superbe. Langoureux. Intense et profondément méditatif. Un très beau moment de lecture.

« Le consul », Salim Bachi, Folio.

Tous les vendredi lecture d’Ernest sont là.

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