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La symphonie de la paix

Ernest Apeirogon McCann

Il y aura un avant et un après ce livre. Colum McCann, immense romancier irlandais qui vit à New York depuis des années, notamment auteur du très grand « Et que le vaste monde poursuive sa course folle », signe dans cette rentrée littéraire un chef-d’œuvre. N’ayons pas peur du mot tant son dernier roman « Apeirogon » paru chez Belfond mérite ce qualificatif. C’est l’histoire (vraie) de Rami, un Israélien qui a perdu en 2016 Smadar, sa fille de 14 ans lors d’un attentat à Jérusalem et qui est devenu l’un des piliers des mouvements pacifistes en Israël. C’est aussi l’histoire  (également vraie) de Bassam, un palestinien, ancien prisonnier qui perd Abir, sa fille de 10 ans, tuée par une balle en caoutchouc. Il devient lui aussi l’un des apôtres de la paix dans le dialogue et la coexistence.

Un parchemin d’humanité

De ce sujet ô combien inflammable qu’est le conflit israélo-palestinien, McCann tire un livre d’une justesse inouïe, d’une beauté immense et d’une finesse d’orfèvre. C’est un livre où tout sonne comme il faut. Où l’autre est un égal. Avec ses failles, ses colères, ses doutes, mais aussi ses qualités et ses défauts. C’est un livre où l’absurde fait face à la raison humaine et à la bonne volonté. C’est un livre magistral dans lequel tout s’entremêle : la fiction, la réalité, les saillies philosophiques et spirituelles ainsi que la capacité de l’Homme de se relever. C’est un livre magnifique qui adopte une forme romanesque originale, alternant, les chapitres longs, et plus courts pouvant tenir en une seule phrase qui dit tout. C’est un livre que l’on a pas envie de refermer. C’est un livre sur lequel on revient et on reviendra. C’est un livre qui dit – à lui seul – tout ce pour quoi la littérature est faite. « La vie ne suffit pas, sinon la littérature n’existerait pas » avait l’habitude de dire Fernando Pessoa. La vie ne suffit pas, et Rami et Bassam ne pourront pas, malgré toute leur volonté, résoudre les problématiques de ce conflit inextricable. Colum McCann en écrivain leur vient en aide. Il dit au monde le réel tout en en faisant de la poésie à la fois tragique et joyeuse. Ce livre fait de fragments constitue un parchemin d’humanité. Du niveau de l’Attentat de Yasmina Khadra. A ne pas manquer !

Apeirogon, Colum McCann, Belfond, 23 euros.

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