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Un temps d’été

Priscilla Du Preez ZuEX5mOFvsg Unsplash

Chaque année alors que le 21 juin est passé, que l’école (à la maison ou non) est presque finie et que les températures deviennent de plus en plus caniculaires, reviennent à l’esprit de chacun et chacune d’entre nous, les souvenirs des étés de jeunesse, ou des étés tout court finalement. Ainsi, par exemple, reviennent en mémoire les rencontres toujours plus intenses en été parce qu’elles ont le goût, l’odeur et la puissance de la liberté.

Reviennent aussi – peut-être – pour les plus chanceux d’entre nous les souvenirs émus des vacances avec les grands-parents. Ces instants suspendus où durant de longues heures, de longs jours, de longues semaines, voire de longs mois nous vivions dans un autre espace temps avec nos papis et nos mamies. Reviennent aussi les odeurs, les goûts de la Provence pour Marcel Pagnol, ou de l’Algérie pour Albert Camus. Reviennent pour chacun de nous ces sensations de plénitude, de moments où le temps s’arrête pour être mieux habité encore.
Cette année, l’été aura peut-être une saveur particulière. Sortis de notre confinement où déjà le temps a pris une autre dimension entre étirement et sensation de compression tant la charge mentale fut parfois pour tous et toutes importante, nous attaquons l’été avec un esprit différent. Dans son essai « RuptureS » paru aux Editions de l’Observatoire, Claire Marin emploie le mot de « décillement » qui est l’action de faire prendre conscience à quelqu’un de la réalité ou de la vérité. La rupture que nous avons vécu est de cette trempe. Elle pratique – à divers degrés – sur chacun de nous cette action de « décillement ».
Aussi une question émerge : arriverons-nous à vivre l’été comme les autres étés ?

Aimer la vie plutôt que le sens de notre vie

Ou bien profiterons-nous de celui-ci pour approfondir notre recherche né (e) ou pas dans le confinement ? Ce qu’il y a d’intéressant et de cousin entre le temps confiné et le temps d’été, c’est bien cette sensation puissante de pouvoir enfin faire le point sur l’essentiel et se demander comment mieux se réapproprier le temps en lisant, ou en flânant et en bannissant le mot urgence du vocabulaire de toutes les personnes qui ne travaillent pas dans un service hospitalier.
Dans son très beau livre « Petit traité de philosophie naturelle » Kathleen Dean Moore nous invite justement à travers de courts récits sur l’immensité mais aussi sur la délicatesse de la nature à se réapproprier notre temps et nous invite à « aimer la vie, plutôt que le sens de notre vie ». Repenser à l’essentiel. Le faire devenir ou redevenir central, c’est aussi une question de rapport au temps. L’été nous avons l’impression d’une plus grande liberté. « L’homme libre possède le temps« , écrit d’ailleurs Sylvain Tesson dans « Dans les forêts de Sibérie ».
Être libre en ayant repenser son rapport au temps. Temps de travail, temps libre, temps de création etc…Voilà un beau chantier républicain. Voilà un idéal qui pourrait convenir : cet été nous serons libres en possédant le temps. Et il en sera de même en automne, en hiver et au printemps. Ce serait une belle première pierre pour construire le monde d’après, non ?

Bon dimanche

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