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Oscillons ensemble

Ernest Mag Tesson Oscillation Metronome

Oscillation. Mouvement d’un corps au sens propre. Fluctuation, variation au sens figuré. Alors que l’actualité nous rappelle chaque jour que la fluctuation des opinions est monnaie courante et que celui qui pensait blanc hier peut penser noir aujourd’hui avec le même aplomb, il est toujours salutaire d’osciller vers ailleurs. De bouger et d’opérer un pas de côté pour regarder différemment le monde.

Cette discipline de la mise à distance, un auteur la pratique avec un très grand savoir faire. Et le lire est toujours un ravissement tant il sait nous emmener vers des cieux où l’on ne pensait pas se balader. Surtout, ce n’est pas parce qu’il nous emmène vers ces cieux là qu’il nous contraint à y rester. Au contraire. L’oscillation est sa façon d’être. Sa façon de concevoir le monde. Comme le ressac de la mer cher à Paul Valéry ou à Charles Baudelaire puisque l’homme « libre toujours chérit la mer ». L’auteur dont nous vous parlons ce dimanche est, lui, amateur des cimes. Il est surtout capable dans un aphorisme délicieux de dire une situation et de dire poétiquement ce que nous sommes.

Oscillation salutaire

Allez, un extrait : « Les baleines sont les derniers poètes, elles sautent parce qu’elles sautent. Elles sautent. Elles sautent avec des raisons que nous ne saurons pas. Elles sautent sans raison. Mais nous autres, humains, sommes des comptables mesquins et nous voulons que tout effet possède une cause. ». Un autre ? « Pas un seul visiteur du matin ne regarde la ville autrement qu’à travers son appareil. La vie est un Photomaton. La mémoire des hommes serait-elle devenue à ce point défaillante qu’il faille archiver chaque instant ? Ainsi des voyages modernes: on traverse le monde pour prendre une photo. Il n’y aura plus de récits de voyage, seulement des cartes postales. (…)
Qu’a fait de mal le monde pour qu’on tire des écrans sur lui ? Seuls les enfants, les vieillards et les oiseaux regardent la vue de leurs pleins yeux. Ce sont les derniers êtres à qui il restera des souvenirs. »

Interpellant, forcément. Bien piqué et bien dit. Entre poésie et actualité. Ces mots sont signés de Sylvain Tesson dans son journal « une très légère oscillation », paru initialement aux éditions des Equateurs et qui vient de paraître en poche, cette semaine. Des lunettes nouvelles pour voir le monde, à 8 euros, c’est indispensable et cela devrait être remboursé par la Sécu !  Allez, pour résonner avec l’actualité, un dernier extrait pour la route : « Les arbres sont princes de l’immobilité. Ils prouvent que la puissance ne se définit pas par le mouvement. »

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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