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Maman vous parle

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Cette semaine, c’est la fête des mères. La fête de ces mamans qui avec leur amour nous chérissent tant. « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais », écrivait Romain Gary. Aujourd’hui, Ernest a reçu une lettre. Elle vient de Marianne, notre mère République à tous. La voici :

« Mes enfants républicains adorés »,

Je suis en colère. Cette semaine, une nouvelle fois, notre volonté et notre universalisme a été attaqué et mis à mal. Une nouvelle fois, peu de gens se sont levés. Comme si, au fond, défendre sa vieille République de mère n’avait plus vraiment de sens et d’intérêt. Cette semaine, donc, mes enfants une autrice (Virginie Despentes) a écrit une lettre lue sur France Inter. Elle y défend l’idée selon laquelle la République pratiquerait un racisme institutionnel et exclurait volontairement les noirs. Dans cette tribune racialisante qui surfe sur les dogmes de l’intersectionnalité et importe en France les problèmes américains, Despentes attaque ce qui nous est commun. L’idée même de République. Ne vous y trompez pas mes enfants, on peut attaquer la République ou du moins la trouver imparfaite, on ne peut pas en revanche, profiter d’un conflit racial américain qui n’a rien à voir avec l’histoire française pour importer les conflits dans notre pays et ainsi désunir.

Pour cette autrice portée au pinacle par tous ceux qui ne comprennent pas ou qui n’aiment pas la beauté du projet républicain, faisons donc œuvre de pédagogie. Dans son texte truffé d’erreurs, elle écrit notamment cette phrase, la première de son texte : « Je n’ai jamais vu un homme noir ministre ». Évidemment, il convient de relever deux grosses énormités : des hommes et des femmes noires ont été ministres et secrétaires d’État dans notre pays. En République, donc. Ensuite, n’en déplaise à madame Despentes et à ceux qui la soutiennent, en République noir, blanc, juif, homo, peu importe. Nous sommes citoyens d’abord et avant tout. Le but n’est pas de nier le particulier, mais de créer un collectif. Cette autrice, oubliant la vérité des faits (ils sont têtus, les faits écrivait Charles Péguy) veut faire croire qu’il existe en France une ségrégation d’État.

Dans la même semaine, une manifestation a eu lieu. Pour s’insurger de ce qui est arrivé à Adama Traoré et comparer la mort de cet homme avec celle de Georges Floyd aux États-Unis. Mes enfants, en allant à cette manifestation, vous portez une cause juste, sans pourtant voir qu’elle est organisée, portée et mise en mots par une vague multiculturelle racialisante visant à hystériser notre pays, plutôt qu’à l’unir et le rendre plus fraternel. Certes notre modèle républicain n’est pas parfait. Notre idéal ne nous fait pas oublier le réel, au contraire même, puisqu’il faut connaître ce dernier pour atteindre l’inaccessible étoile, toutefois traduire une crise sociale forte et réelle en phénomène d’oppression raciale est le meilleur moyen de ne jamais pouvoir traiter les causes sociales et d’arriver, un jour, à ce qui se passe actuellement aux États-Unis.

Dans son texte, Despentes entame d’ailleurs une guerre des mots. Elle parle avec les mots importés des États-Unis, et affirme être bénéficiaire d’un « privilège blanc ». Ce nouveau vocable, cette novlangue des identitaires a un but, un seul : saper ce qui nous lie, envers et contre tout et malgré les difficultés. Alors, oui, mes enfants, je suis une vieille dame qui parfois peine à se réformer, qui parfois ne tient plus sa promesse d’ascension sociale contenue dans l’idéal républicain de citoyenneté. N’oubliez jamais que l’universalisme que je porte voit dans chacun et chacune un citoyen libre et autonome et non le porte-parole d’une communauté. Cet universalisme nous protège, vous protège de l’enfermement déterministe. Il est l’ennemi de tous ceux qui font commerce des affrontements identitaires. Mes enfants, je suis triste. Nous sommes en train d’abandonner ce pour quoi je me suis toujours battue. C’est à vous maintenant. Sinon, un jour, oui, nous seront les États-Unis parce que nos identités seront devenues meurtrières.

Alors, je formule un souhait. Levez-vous. Portez notre message. Et s’il vous plaît, au lieu de lire Virginie Despentes, relisez Aimé Césaire qui écrivait : « Il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l’ universel. Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tous les particuliers ».
Vous me trouverez peut-être défaitiste. Croyez-moi, c’est maintenant, ou demain il sera trop tard et le modèle républicain ne sera plus.

Je vous embrasse, les enfants.

Marianne, République en danger.  »

Bon dimanche et bonne fête à nos mamans.

L’édito paraît tous les dimanche matin dans l’Ernestine, notre lettre inspirante ( inscrivez-vous, c’est gratuit), et ensuite le lundi sur le site.

Tous les éditos sont là.

1 commentaire

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    Abasourdie par le texte de Mme Despentes , et sa succession d’ âneries, je suis heureuse de lire le votre , et je vais m’employer à le faire connaitre autour de moi
    Merci !

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