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Quand la presse se rêve en romancière

Leparisien

Patatras ! En l’espace de 24 heures la belle histoire faite de suspense, de rebondissements, de pittoresque et d’extraordinaire au sens premier du terme est tombée à l’eau. Rembobinons le fil. Vendredi 11 au soir, le Parisien tient son scoop. Xavier Dupont de Ligonnes a été arrêté en Ecosse alors qu’il revenait d’un voyage depuis Paris. Emballement, suppositions en tous genres (il aurait eu recours à de la chirurgie esthétique, aurait passé les contrôles douaniers sans encombres, ou se serait remarié), et articles à gogos. Il faut dire que cette histoire a tout d’un roman hitchkockien  : un homme disparaît brutalement après avoir supposément tué les cinq membres de sa famille à Nantes en 2011. C’est l’un des cold cases les plus célèbres de France mais aussi, finalement de l’histoire criminelle mondiale. Une affaire qui, évidemment, fait appel à notre imaginaire en ce sens qu’il galope et qu’il échafaude les 1001 scenarii possibles. Problème : nous ne sommes pas dans une fiction. Mais dans la réalité. La presse et les médias dans leur ensemble sont là pour traiter du réel. Pas de la fiction. Et pourtant, dans sa façon de traiter l’affaire de Ligonnès, il y a aussi ce penchant humain pour la fiction.

Le goût immodéré du romanesque

La fiction qui nous emporte, qui nous interpelle, qui nous dérange. Bref, tous les ingrédients du roman réussi. Dans cette affaire de Ligonnès, il y a ce crime initial. Cette explosion de violence chez un personnage qui pourtant ne semblait pas enclin à cela. Il y les enquêtes des policiers qui ne donnent rien. On imagine sans peine le vieux commissaire acariâtre qui ne parvient pas à élucider le mystère et qui petit à petit s’enfonce dans l’impression d’être inutile. Dans les « rebondissements » de ce week-end, dans l’empressement de la presse à embrayer sur l’information donnée par des sources policières écossaises, confirmées par la presse française, il y a -certes – une énorme précipitation médiatique, mais il y a aussi un goût immodéré pour le romanesque. De la part de la presse, mais aussi des Français en général qui se sont empressés de twitter, de diffuser cette information, de la détourner aussi, et finalement de s’en abreuver. Profondément. Difficile, chez Ernest de blâmer le goût du romanesque, évidemment. Seulement, voilà, le romanesque est l’affaire des écrivains. Laissons leur. Cela nous évitera de nouvelles déconvenues journalistiques.

Cet édito aurait dû paraître initialement dans l’Ernestine du dimanche 13 octobre, avortée pour cause de problème technique. Pour vous abonner à notre lettre d’inspiration du dimanche matin, c’est là.

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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