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La vie, c’est mortel !

Ivan Diaz VYuJLsF4XQQ Unsplash

« La fête des morts, c’est tous les jours, tout le temps », disait Georges Brassens quand on l’interrogeait sur ce qu’il ferait pour la Toussaint. Certainement que notre troubadour poète favori ne pensait pas – lui qui avait connu la guerre – qu’une autre forme de mort diffuse viendrait un jour s’emparer de nos esprits. Dans sa chanson « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète », il lance : « La Camarde qui ne m’a jamais pardonné d’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez ». Ce matin, mes amis comme notre copain d’abord de Brassens, semons des fleurs dans les trous de nez de la Camarde.
Et là, je vous vois dans votre lit ou avec votre café, vous vous dites : « il est bien gentil, Ernest, mais narguer la mort dans cette période, il abuse un peu ». Vous auriez peut-être raison. Mais je sais aussi que vous aimez les pas de côté, les chemins escarpés et les routes de campagne. Alors venez, nous y allons.
J’en conviens, mes amis, la mort rode partout autour de nous. Dans les hôpitaux avec ce satané virus, et aussi dans nos rues avec ces fascistes islamistes qui ont décidé de ne plus nous laisser vivre tranquillement et sereinement. Nous pourrions être abattus et baisser les bras. Ou pas.

Cette période nous heurte par sa violence, évidemment, mais aussi parce que depuis quelques années l’humanité s’est donnée un seul objectif : faire de nous des immortels et effacer la mort du paysage mental de tout un chacun. Nous serions ainsi des humains à l’égal de Dieu qui pourraient vivre, comme Yoda, jusqu’à 900 ans. Yuval Noah Harari l’avait très bien analysé dans son « Homo Deus ». Il expliquait comment en voulant à tout prix devenir immortel, l’homme courrait en fait à sa fin. La raison centrale ? La perte d’une qualité rare de l’humanité : sa capacité à créer, à inventer, à imaginer, justement parce qu’elle est mortelle. L’ami Woody le dit de façon plus imagée et légère : « L’immortalité c’est long. Surtout vers la fin ».
La mort rode donc autour de nous. Loin de nous l’idée de s’en réjouir, évidemment. Mais peut-être la volonté profonde de faire de ces moments de tristesse des outils pour devenir plus grands encore. « Semer des fleurs dans les trous de son nez ».

Alors, comment faire ? Récemment Eva Bester (que nous avions rencontré dans sa bibliothèque) a publié un livre magnifique dédié au peintre belge Leon Spilliaert (Frédéric Potier vous en parlait ici).
Ce peintre plein d’un spleen indolent et d’une certaine hantise de la mort l’a magnifié. Par son art. Par la lumière qu’il mettait dans celui-ci. C’est certainement pour nous, individuellement et collectivement, un moyen de « semer des fleurs dans les trous de nez de la Camarde ».

Plus largement, dans cette période qui nous ennuie, qui nous fait peur, qui nous glace aussi, il est temps de regarder différemment cette mort qui rode autour de nous. De lui faire face et de la narguer par notre inventivité, par notre fraternité, par notre envie de vivre. Il s’agit au fond, de faire de la mort une fête. Une fête pour notre République attaquée par des pulsions de mort, fête de l’école, fête de l’humain, fête de ceux que nous aimons. Pour cela, il nous faut inventer à nouveau. Il nous faut continuer, toujours. Notre idée pour semer des fleurs dans les trous de nez de toutes les Camarde qui nous veulent du mal, c’est de faire de notre vie, ici et maintenant, en confinement ou non, une joie, une fête, un tourbillon, une volupté.

En résumé : vivre si bien que la mort tremble à l’idée de venir nous prendre. 
Apprendre à vivre, au fond, pour apprendre à mourir. C’est notre capacité à faire cela, d’ailleurs, qui exaspère tous ceux qui s’en prennent à la France : cette capacité que nous avons à toujours continuer, à toujours inventer, à toujours aimer boire un verre sur une terrasse, seulement pour partager un moment avec nos frères et sœurs humains. La mort, mes amis, est une chance. Elle nous oblige. Elle nous invite à être et non plus à avoir. Soyons ensemble.

Bon dimanche mortel mais pas trop quand même,

L’édito paraît tous les dimanches matin dans l’Ernestine, notre lettre dominicale inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit), puis le lundi sur le site.

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