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Dac O Dac

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Cette nuit, alors que nous étions plongés dans les bras de Morphée, nous avons gagné une heure. Comme si ce changement d’heure survenant une semaine après l’assassinat de Samuel Paty venait nous rappeler qu’il était plus que temps de remettre les pendules à l’heure. De les remettre à l’heure, en ce sens que nous puissions à nouveau – tous ensemble – vivre à la même heure d’une République humaniste et universelle qui serait le pendant lumineux d’un islamisme qui veut détruire et plus largement d’une pensée obscurantiste anti-tout qui s’échine à saper toutes les constructions humaines rationnelles. Constructions forcément imparfaites, puisque humaines.  Remettre les pendules à l’heure. Ici, chez Ernest, dans quasiment tous nos éditos depuis trois ans (ils sont tous là) nous avons esquissé des pistes, des chemins escarpés, des routes de campagnes et des autoroutes, aussi. Toujours en lien avec l’art et surtout la littérature.

Outre la recherche de la beauté artistique, littéraire, amoureuse qui est l’une des clés de notre survie en milieu hostile, nous croyons aussi qu’il est plus que temps dans le monde tragi-comique dans lequel nous vivons de réaffirmer avec conviction et force notre besoin de loufoquerie, de folie, de rigolo dans tout ce que nous entreprenons dans notre vie personnelle comme dans notre vie de citoyen.
Les hasards de la vie nous ont conduit cette semaine vers l’œuvre de Pierre Dac (auquel le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme consacre une exposition magnifique en ce moment). « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir », disait le saltimbanque. C’est dire si cette phrase résonne avec notre époque. Mais, au fond, le message de celui qui se faisait appeler le « Roi des Loufoques » qui a inventé le Schmilblick (objet qui ne sert à rien mais qui peut servir à tout) est bien plus important. Alors que la seconde guerre mondiale éclatait, il a tout fait pour rejoindre De Gaulle à Londres. Il a échoué. Plusieurs fois. Avant d’y parvenir. Une fois à Londres, il fut l’une des voix de Radio Londres, avant d’être correspondant de guerre. Dans ses sorties radiophoniques, il maniait l’art de la rhétorique parfois, et surtout l’humour, la galéjade, les jeux de mots, et faisait réfléchir grâce à la création d’univers loufoques. Avec cet outil qu’est l’humour, le décalage, voire même l’absurde, Dac emmenait ses auditeurs, et ses lecteurs (il fut le créateur de L’Os à Moelle) sur des sentiers qui, parfois, pouvaient les déstabiliser, mais qui surtout les amenaient forcément à réfléchir et donc à grandir. C’est cela le rôle de l’humour, de la loufoquerie et de la rigolade. Alors qu’il est question de remettre les pendules à l’heure, peut-être est-il temps de retrouver de la légèreté, du recul, de la drôlerie qui n’excluraient pas de réfléchir sérieusement aux choses du monde, mais aussi aux choses qui – chaque jour – nous posent question.

Attention, il n’est pas ici seulement question de l’humour qui vise à se moquer, ou de l’humour potache de certaines émissions, mais plutôt de cette capacité d’autodérision qui est LA déclaration de la supériorité des hommes et des femmes sur ce qui leur arrive, comme disait l’autre.

Alors qu’il est question de remettre les pendules à l’heure, on a envie de citer à nouveau Pierre Dac : « Rien de ce qui est fini n’est jamais complètement terminé tant que tout ce qui est commencé n’est pas totalement terminé ». Vous avez 4 heures.

On a envie aussi de tracer toutes les choses dont nous avons besoin au-delà de la loufoquerie. Spontanément les mots d’amour, d’humain et d’histoires nous viennent à l’esprit. Nous y reviendrons dans les prochaines semaines. Alors qu’il est question de remettre les pendules à l’heure, que nous vivons un moment où chacun et chacune de nous est face à sa responsabilité de citoyen pour savoir s’il doit ou non se coucher face à la barbarie, il est toujours important de se rappeler les mots de Pierre Dac (encore) « Les résistants de 1945 sont parmi les plus glorieux et les plus valeureux combattants de la Résistance, ceux qui méritent le plus d’estime et le plus de respect parce que, pendant plus de quatre ans, ils ont courageusement et héroïquement résisté à leur ardent et fervent désir de faire de la Résistance ». On a envie aussi de relativiser tout cela. « Si tout n’était qu’illusion et que rien n’existait, alors j’aurais payé ma moquette trop cher », rappelle souvent Woody Allen. Évidemment, l’époque n’est pas forcément propice au rire. Mais si nous oublions cela, que nous reste-t-il ?

Ce matin, vous avez gagné une heure. Demandez-vous ce que sera votre loufoquerie, ou votre acte rigolo du jour. Dac o Dac ?

Bon dimanche rigolo,

L’édito paraît chaque dimanche matin dans l’Ernestine, notre lettre dominicale inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit) et le lundi sur le site.

Tous les éditos sont là.

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