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L’ombre de nos amours

Ernest Asonombre Askolovitch

C’est l’histoire d’un homme qui perd sa femme. Brutalement. Sans comprendre. Il était au sommet professionnel. Il oubliait alors, un peu, ses proches. « Dis-moi que je suis la femme de ta vie ! Il n’y a rien de plus beau que de petits vieux qui se donnent la main » lui disait Valérie. Au début de leur amour, Valérie avait écrit un poème à Claude : « Mon amour est un arbre avec du sang et des veines. A son ombre, j’abrite ma peine et je cache la joie de t’aimer. Sur l’écorce de l’arbre, je grave le nom de l’aimé et l’écorce le garde, éternellement ». Les derniers mots échangés avec elle sont terribles et tranchent avec l’incandescence de ce poème. C’est l’histoire d’une perte. Celle de celle qu’il aimait. C’est l’histoire aussi de sa propre perte. Il tient ses deux enfants à bouts de bras. Il gère. Il s’oublie à nouveau et opère une forme d’hara-kiri professionnel comme pour expier une culpabilité putative. Il aime à nouveau. Elle s’appelle Kathleen. Il aime mais ne sait pas s’il y a encore le droit. Il redevient père. Deux fois. Il se regarde nu. Face au miroir. Face au vide. La mise à nu est crue, elle n’est jamais impudique. Elle est d’une telle beauté qu’il est difficile de contenir ses larmes.

Larmes de mots

La plume de l’auteur est tantôt violente, tantôt douce, tantôt drôle, tantôt ample. L’écriture touche parfois au tragi-comique quand l’auteur raconte les fêtes de Kippour ou les moments de doutes. Comme s’il valait mieux traiter l’absurde et l’absence de sens par la dérision et l’autodérision. Il y a quelque chose d’Allenien dans ce livre. Entre la certitude de ne plus être et la volonté de repartir, toujours. Avec ce livre, « A son ombre », Claude Askolovitch nous fait pleurer. Pleurer sur notre condition humaine, sur nos défaites, sur nos amours perdues avant que d’exister. C’est un livre universel. Sur la mort, mais aussi et plus largement sur ce que nous laissons de côté, volontairement ou involontairement, du fait des contingences ou du trop plein d’émotions qui deviennent impossibles à gérer. C’est un livre sur l’amour et sur ce que veut dire aimer. C’est un livre qui laisse une trace comme un baiser désiré et échangé. Un livre qui fait mal autant qu’il enrobe avec douceur et humour la mélancolie qu’il suscite chez le lecteur pour le faire ensuite regarder vers la lumière. C’est un livre de la renaissance. Un livre qui montre que grâce à l’art, à l’humour, à la relation à l’autre, rien, jamais, nulle-part, n’est perdu. Askolovitch m’a fait pleurer. A chaudes larmes. Mais Askolovitch m’a fait un bien fou. Lisez ce livre poignant,  sensible et entêtant qui n’est pas sans rappeler le superbe roman de Sandro Veronesi « Chaos Calme » qu’Askolovitch cite d’ailleurs en exergue de son livre.

« A son ombre » Claude Askolovitch, Grasset, 20,90 euros.

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