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Onesta : “La citation c’est une ouverture sur un monde, une pensée, une histoire”

« Je voudrais faire une interview de Claude Onesta sur son rapport aux livres ». Cette demande a paru à mon interlocutrice très incongrue. Et pour cause, Onesta c’est l’entraîneur français de sports collectifs le plus titré. Gourou du handball en quelque sorte. Avec ses Experts, Onesta a remporté deux titres olympiques (2008 et 2012), trois titres de champion du monde (2009/2011 et 2015) et trois titres de champion d’Europe (2006/2010 et 2014).

Claude Onesta. DR/FFHB

Aussi, généralement, lorsque les journalistes demandent à lui parler c’est plutôt pour évoquer l’avenir de l’équipe de France de handball ou ses conseils en management. « Un entretien sur les livres, vraiment? » m’a répondu mon interlocutrice : « je vais lui demander mais ce n’est pas gagné ». Quelques jours après, SMS. « Voici le numéro de Claude Onesta, il attend votre appel pour en savoir plus ».

C’est ainsi que j’ai donc contacté le gourou du hand français, l’une de mes idoles, pour lui demander de me parler de son rapport aux livres. Je lui parle d’Ernest, de ce projet qui vise à montrer que tout le monde peut parler de livres.
« Je ne vais pas être un bon client », assène d’entrée Onesta. Et il ajoute un poil gêné et embarrassé : « Je suis désolé, vraiment, mais je n’entretiens pas réellement de rapport avec les livres ».

Nous discutons alors d’autre chose. De handball, de l’éclosion réelle de ce sport, de management et de la façon dont il gère son équipe. Dans un interstice, il glisse : « les citations d’auteur m’aident pour formaliser ma pensée d’entraîneur ». L’interview pouvait alors commencer. Rencontre avec un homme passionnant qui lit. A sa façon.

Ernest : Les citations vous aident, c’est-à-dire ?

Claude Onesta : Elles m’aident à construire le déroulé d’une pensée. La citation c’est une ouverture sur un monde, une pensée, une histoire. La citation, c’est une épure. Elle ouvre une porte qui vous appartient et sur laquelle vous pouvez ensuite construire quelque chose. Les citation m’intéressent comme sujet philosophique. Je me suis créé un « citabook ». Quand je lis ou entends une citation qui me touche, je la note. Je cherche d’où elle vient. Puis, plus tard, j’y reviens. Ce qui est passionnant, c’est de voir que malgré les siècles, les préoccupations humaines restent plus ou moins les mêmes. Des citations de Socrate ou d’Aristote me parlent beaucoup encore aujourd’hui.

Quelles sont les citations qui vous interpellent en ce moment ?

Saint-Exupéry m’inspire beaucoup. Essentiellement par rapport à ces idées autour de la question « qu’est ce que l’on va faire demain ». Sûrement parce que je suis à un moment de ma vie où je redéfinis mes fonctions au sein de la fédération de hand (Claude Onesta est devenu depuis novembre 2016, manager général de l’équipe de France. Il ne s’occupe plus du tout de l’entraînement ni des choix tactiques, mais assure notamment la visibilité du hand dans les médias, NDLR). Saint-Exupéry écrit notamment la chose suivante « L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre. Tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre ». Ou encore : « si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et tes femmes pour leur donner des ordres, leur expliquer chaque détail, et leur dire où trouver chaque chose. Si tu veux construire un bateau fais naître dans le coeur de tes hommes et femmes, le désir de la mer ».

Vous avez ce rapport affectif  à la citation, et pourtant, vous dites ne pas aimer lire ?

Ce n’est pas que je n’aime pas lire. C’est que je ne me laisse pas prendre par la fiction et par l’histoire d’un autre. Et pourtant, j’aimerais vraiment connaître ce plaisir. Je sais qu’il existe. Cela me fait souffrir car je voudrais savoir me laisser porter par un roman comme par un film.  Mais je n’entretiens pas ce rapport avec les livres. Après, il est vrai qu’en plus de cela, j’avoue que je préfère le talent de l’écriture journalistique, de l’écriture de pamphlets ou d’essais pour leur dynamisme et leur allant. La BD aussi me parle beaucoup et m’amuse énormément.

“Il faut aimer lire pour être quelqu’un. J’aime lire. Mais pas des romans”

Finalement, c’est la fiction qui vous ennuie ?

En quelque sorte. J’ai du mal à m’identifier à l’histoire d’un autre. En fait, j’aime être acteur d’une histoire. De mon histoire. Je préfère le rôle d’acteur à celui de spectateur. M’identifier à des personnages s’apparente un peu comme une perte de liberté individuelle. Le fait que l’histoire soit racontée par quelqu’un d’autre perturbe ma prise en charge. Je ne lutte pas contre cela, mais je trouve que c’est dommage. J’ai un rôle passif face aux livres. Et pourtant j’aime faire travailler mon imaginaire. C’est assez paradoxal. Je dois avoir besoin d’une psychanalyse (rires) !

Pourquoi en souffrez-vous ?

Parce qu’il y a une sorte de pression sociale. Il faut aimer lire pour être quelqu’un. J’aime lire. Mais pas des romans. J’aime triturer une idée dans tous les sens. J’aime lire les trente premières pages d’un roman, mais cela me suffit. Une fois que j’ai compris l’intrigue et les personnages, je me construit mon propre schéma dans ma tête. Je m’emporte seul. Sans avoir le besoin de connaître la suite.

Les trois citations que Claude Onesta voulait faire découvrir aux lectrices/lecteurs d’Ernest.

” Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence le. L’audace a du pouvoir, du génie, de la magie”,  J.W.Van Goethe

“Tout le monde est un génie ; mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide”,  A. Einstein

“Qu’est-ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène ?” ,  A.Camus

Claude Onesta a publié trois ouvrages
Les Experts : une tribu d’hommes libres (l’incroyable épopée de l’équipe de France de handball), avec Jean-Luc Chovelon, éd. Ramsay.
Ceux qui aiment les lundis, avec Jean-Robert Dantou, éd. du Chêne.
Le règne des affranchis, éd. Michel Lafon.

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