Après la lecture de son dernier livre “Toutes les femmes sont des sirènes, elles pensent avec leur queue” (Ernest en parlait ici), Virginie Begaudeau a eu envie de de rencontrer Julia Palombe. Au menu : amour de la littérature, franc-parler et féminité.
Photos ©MarineOrlova
Les sirènes, ça t’évoque quoi ? Le titre était une évidence ? Raconte-moi toute la genèse !
Julia Palombe : Les sirènes n’évoquaient rien pour moi, jusqu’à ce que je pense à leur queue… Tout est dans cet organe déployé, affrontant le monde sans craindre le regard des autres. Elles sont instinctives et savent entendre la petite voix intérieure qui leur murmure des chansons d’aventures et de liberté. Anaïs Nin en son temps écrivait déjà : « Je dois être une sirène, je n’ai pas peur des profondeurs et une grande peur de la vie superficielle ». La sirène est une icône moderne pour les femmes puissantes d’aujourd’hui. Il n’y a pas meilleure représentation de la femme à la fois désirante et désirée, animale et enchanteresse, vierge et putain.
Est-ce que tes lectures ont inspiré la femme que tu es aujourd’hui ? L’héroïne que tu voudrais être ?
Julia Palombe : J’ai longtemps cherché des héroïnes libres de leurs désirs, dans les romans que je lisais. Mais il faut avouer que ce sont plutôt des hommes qui ont ce rôle. Adolescente, je me suis souvent sentie piégée par des personnages féminins nostalgiques, ne pouvant désirer que par amour, sacrifiant leur véritable désir sur l’autel de la religion, la famille, le quand dira-t-on…
Et quand par miracle il y avait de la chair, il s’agissait d’une prostituée. C’est ainsi que j’ai crée Louise, le personnage féminin qu’il me manquait.
Ton classique favori ?
Julia Palombe : « 100 ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez est mon livre de chevet. La poésie et l’exotisme qui se dégagent à chaque page, le prophète gitan Melquiades, la grandeur et la décadence, l’excellence du verbe, l’intensité des personnages, les paysages de Macondo, les émotions qui envahissent le cœur, l’aventure… J’aime tout.
Le livre qui t’a donné le goût de la lecture ? Pourquoi ?
Julia Palombe : « Le Très-Bas » de Christian Bobin, que j’ai découvert lorsque j’avais 16 ans. Dans les vestiaires du Conservatoire de danse où j’étudiais, une danseuse plus âgée m’avait dit en voyant le livre dépasser de mon sac : « Ce n’est pas n’importe qui, qui lit Christian Bobin ! » Et c’est vrai, j’ai depuis remarqué une connivence entre les lecteurs de cet homme. Depuis ce jour, je lis tous ses livres. J’aime Bobin car il ne met aucune barrière entre lui et le lecteur. Je voyage à chaque fois, toujours plus loin, toujours plus haut.
Celui que tu aurais aimé écrire ?
Julia Palombe : Sans hésiter « Toutes les femmes s’appellent Marie », de Régine Deforges. Avec un style redoutable et charnel, elle va au-delà de tout ce qui est imaginable. C’est ça qui est exceptionnel avec la littérature : exploser les cadres.
Le livre que tu transmettras à ton fils ? 
Julia Palombe : « Les yeux d’Elsa » d’Aragon. Vingt et un poèmes à couper le souffle. Dans les sphères politiques on parle beaucoup ces temps-ci d’éduquer les garçons, je crois qu’il suffit de leur mettre Aragon entre les mains. L’art est la réponse.
Le livre que tu offres à un premier rencard ?
Julia Palombe : Pendant longtemps j’ai offert « Le portrait de Dorian Gray » à mes amants. La beauté et son caractère éphémère, thème central du roman, servait de point de départ à mes aventures, comme une façon de dire : je suis là pour la beauté de votre âme, jeune homme. Je ris encore, de ma naïveté.
Le livre que tu as honte de lire avec plaisir ?
Julia Palombe : San Antonio « N’en jetez plus » de Frédéric Dard. Je l’emmène régulièrement dans ma valise, pour les vacances d’été. Rien de tel que la correspondance de Bérurier avec notre Sainte Paire le Pape, sous le soleil de Toscane, un verre de vin rouge à la main.
Le livre que vous avez en commun avec la personne qui partage ta vie ?
Julia Palombe : « Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée » de Pablo Neruda, c’est le livre qui a marqué notre rencontre. Pablo a écrit ces vers pour sa dernière compagne Mathilde, et c’est d’une beauté transcendantale.
« Parmi les étoiles admirées, mouillées
Par des fleuves différents et par la rosée,
J’ai seulement choisi l’étoile que j’aimais
et depuis ce temps-là je dors avec la nuit.
J’avais crée un solo chorégraphique, nous étions en 2007, et j’avais fait appel à lui– Serge Leonardi- pour la composition musicale. Ce livre nous a porté chance puisque depuis, nous vivons l’un auprès de l’autre, et de notre amour sont nés deux merveilleux enfants.
Le livre qui te fais toujours pleurer ?
Julia Palombe : « Lettres à un jeune poète » de Rilke me fait pleurer, c’est comme un retour nécessaire au dépouillement, à la raison profonde de ce pourquoi j’écris. C’est un ouvrage d’une grande puissance spirituelle, exigeant, lumineux et ambitieux.
Celui que tout le monde aime et que tu détestes ?
Julia Palombe : « King Kong Théorie ». Oui, je sais, c’est osé. Mais alors vraiment je ne résonne pas du tout avec ce texte, ni dans le fond, encore moins dans la forme.
Le livre pour ton meilleur ennemi ?
Julia Palombe : J’offrirai le livre de tous les plaisirs : « Le kamasutra ». Il y a bien une position qui nous mettra d’accord.