3 min

“Kant Spinoza tout compris”

Marie Robert Jewpop

Elle est professeure de philosophie, lui directeur littéraire : Marie et Guillaume Robert sont frère et sœur et publient le livre de néo-philosophie Kant Tu Ne Sais Plus Quoi Faire. Nous les avons rencontrés pour discuter philo, littérature et travail en famille. “Kant Tu Ne Sais Plus Quoi Faire” est le le livre philo feel-good du printemps.

Par Maud Darbois

Ernest Mag KantPublié chez Flammarion, le livre de Marie Robert “Kant Tu Ne Sais Plus Quoi Faire” est un hybride entre le roman et le manuel de philo pour les âmes errant tant dans les allées d’Ikea que dans les aléas de la vie. Il se déguste comme un cocktail au soleil : au bout de quelques lignes, on rit et on cogite entouré de Spinoza, Pascal, Lévinas ou Heidegger et l’on sort étourdi des pages. Pas forcément titubant mais certainement galvanisé d’avoir trouvé un écho à ses questionnements les plus profonds, sur des situations aussi variées que le dépassement de soi, le deuil d’un canin adoré ou l’éducation d’un jeune acnéique récalcitrant.
Nous avons rencontré l’auteure, Marie Robert, accompagnée de son éditeur de frère Guillaume.

Kant la philo devient sexy

Encore sous le coup de la nouveauté du projet, nous avons questionné le tandem sur les rouages de l’œuvre de Marie. Au programme : beaucoup de rires et des explications sur l’aventure folle (et familiale, donc) de la naissance du livre feel-good du printemps.

Guillaume, quand tu reçois le manuscrit de Marie, comment cela se passe-t-il ? L’as-tu suivie pendant l’écriture ou bien te l’a-t-elle déposé comme ça un jour ?

G : Marie avait été sollicitée par une autre maison d’édition, mais cette aventure a mis plus de temps que prévu… et je suis un peu impatient dans la vie. Parce qu’il était hors de question que je présente le projet directement à Flammarion, je l’ai montré à un agent pour avoir un avis extérieur – il y a eu coup de cœur pour le livre. Je ne suis réellement intervenu qu’une fois que l’agent m’a appelé pour me dire : « Écoute, il est temps d’assumer la situation, c’est avec toi que j’aime développer ces sujets atypiques : assume, publie ta sœur et je co-éditerai le livre ».

M : Il y avait une double cohérence parce que l’agence travaille régulièrement avec Guillaume et parce qu’il était la meilleure personne pour faire ce genre d’objet. Il y a un moment où la censure et la déontologie s’arrêtent quand elles deviennent bêtes : dans une autre maison, il n’y aurait pas eu la même compréhension du projet.

La philosophie est un outil formidable

Marie, en tant que professeur, cela t’a-t-il aidée d’avoir déjà expliqué les textes à des classes ?

M: Complètement ! – je pense même que ça a été un moteur. Ma démarche est de transmettre, de créer des passerelles. La philo est un outil formidable et je veux donner envie aux autres d’en faire leur propre fil pour qu’ils se l’approprient – je ne veux pas faire de l’histoire de la philosophie classique, mais plutôt l’expliquer du mieux possible pour la transmettre.

“Kant Tu Ne Sais Plus Quoi Faire” est un écrit philosophique anti-prise de tête, pour simplifier la vie. Pourtant la philo se traîne souvent une réputation de matière absconse pour les non-initiés : c’était un pari de votre part à tous les deux, de faire gagner quelques gages de cool à la philo ?

M : Notre démarche en tant que prof, auteur et éditeur est la même : c’est de décloisonner. Je n’ai aucune satisfaction à laisser la philo dans ce qu’elle est parfois un peu trop, c’est à dire un univers très sacralisé. La philo est élitiste parce qu’elle est compliquée mais cette complexité, on peut l’aborder ensemble.

G : Bizarrement, la philosophie fait peur. Le livre de Marie est une réconciliation avec la philosophie : quand on me dit « Nietzsche ça me fait peur, mais le dépassement de soi ça m’a parlé », le pari est gagné.

The Roaming Platypus 559386 Unsplash

Le pari de Marie Robert ? Rendre la philosophie sexy et lisible au bord de la piscine cet été !

Parlons philo : Marie, est-ce volontaire d’avoir laissé Schopenhauer de côté ? Celui qui écrit “la vie est un pendule qui oscille entre la souffrance et l’ennui” ne peut-il pas être utile dans un livre de philo feel-good ?

M : Complètement ! J’ai failli trouver une situation autour de l’angoisse qui correspondait très bien à Schopenhauer… Toutefois dans ce premier livre, je voulais être 100% positive ! Mais oui, je pense que Schopenhauer est un auteur passionnant dès qu’on traite de crises existentielles, donc il aurait sa place.

G : De mon côté, j’ai aidé Marie à faire tous ses titres de chapitre et je n’ai pas trouvé de bonne vanne pour Schopenhauer – donc on attend le tome deux !

Quel chapitre ne figurant pas dans le livre pourriez-vous ajouter?

M : J’avais un peu plus de situations autour de l’éducation, par déformation professionnelle – ce sont d’ailleurs les sujets famille sur lesquels j’ai le plus de retour.

G : « Kant Tu Travailles en Famille » – il fallait le vivre totalement pour le raconter !

Après la rédaction et la publication du livre, dites-nous : la philo est-elle une meilleure thérapie que le psy, quand on essaie de trouver le calme intérieur ?

M : Alors là je réponds mille fois oui pour une raison très simple : en psycho c’est « qui suis-je », en philo c’est « qui sommes-nous ». Le « nous » m’intéressera toujours plus que le « je » – la philosophie aborde toutes les étapes de la vie, elle est beaucoup plus large que la psychologie qui nous pousse dans nos racines, notre passé… je préfère la démarche anthropologique de la philo.

G : J’ajoute qu’un livre à 16,90€, c’est le psy le moins cher de Paris.

1 commentaire

Laisser un commentaire