Sébastien Spitzer est l’un des romanciers français les plus talentueux. Ernest vous a parlé plusieurs fois de lui et de ses romans. (Ici, là ou encore là). Il revient en cette rentrée avec un récit poignant. Celui de ses rencontres avec les survivants et les héros du 7 octobre 2023. A ne pas manquer.
Avec “Et nous danserons encore”, Sébastien Spitzer signe un ouvrage bouleversant, donnant la parole aux survivants de l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël. À travers des témoignages directs, Spitzer nous plonge dans l’intimité des familles brisées, capturant avec une humanité poignante la douleur, le deuil, mais aussi une résilience farouche. « J’ai pleuré à chaudes larmes avec la mère de Noya », confie-t-il, révélant l’intensité des rencontres. Chaque page est un hommage aux vies fracturées, mais aussi à l’espoir qui persiste malgré tout. Et de citer Hugo qui écrit sur les pogroms en Russie en 1882 et que Spitzer connaît si bien : « L’heure est décisive. Les religions qui se meurent ont recours aux derniers moyens. Ce qui se dresse en ce moment, ce n’est plus du crime, c’est de la monstruosité. Un peuple devient monstre. Phénomène horrible. Il semble qu’un rideau se déchire et qu’on entend une voix dire : Humanité ! regarde et vois… »
Dans une résonance, Spitzer raconte les survivants, les blessés, les endeuillés de cet immonde 7 octobre. Pour que l’Humanité regarde encore et accepte enfin de voir. Ce livre indispensable résonne comme un cri, un appel à ne jamais oublier, mais aussi à continuer de danser — de vivre — malgré les ténèbres. Spitzer ne se contente pas de relater l’horreur, il s’immerge dans les émotions des survivants, capturant ces moments de dévastation, d’amour et de perte. « Ce livre est leur histoire. Mais avec le temps, elle est aussi devenue la nôtre. Notre histoire », affirme-t-il, et c’est ce miroir qu’il nous tend qui rend la lecture aussi puissante et émouvante. Le lecteur a beau connaître l’histoire. Savoir les drames. Avoir vu les images, il est happé et entraîné par la force des mots. Par les histoires narrées par Spitzer. Par celle de Jonathan et de sa maman, tuée le 7 octobre, qui était une militante acharnée de la paix.
À travers ces témoignages, l’auteur transcende le récit journalistique pour tisser une toile d’humanité. Quel quel soit le récit, le lecteur est saisi par la profondeur du désespoir, mais aussi par l’incroyable capacité des hommes à se relever, à survivre. Et nous danserons encore est un livre de mémoire, un livre qui marque et émeut, essentiel dans son approche à la fois brute et délicate de cette tragédie récente.
Et nous danserons encore, Sébastien Spitzer, Albin Michel

