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Les grands blessés

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Un roman puissant cette semaine sur les genoux de Carole Zalberg. Un débarquement d’émotions en quelques sortes. Elle vous raconte ça.

 

 

Avec Débarquer, son nouveau et bref roman aussi percutant que poignant, Hugo Boris réussit une sorte de livre-fusion. Entre l’action et l’introspection. Entre la fresque ambitieuse et la chronique intime. Il y parvient non pas en alternant ces registres mais bien en les mêlant presqu’à chaque page et dans le titre même, qui fait naître des images cinématographiques autant qu’il rappelle des blessures d’ego, une violence sociale, ou encore un décalage propre à certains êtres toujours un peu à côté de leur vie ou du monde. C’est précisément ce décalage qui rend cette histoire si attachante et singulière.

Andrew, le vétéran qui revient pour la première fois sur les lieux du désastre, ne le fait pas en héros mais en pénitent et à l’insu des siens, pour expier une double et secrète lâcheté. Magali, la guide des plages du débarquement, dont l’époux a disparu 6 mois auparavant après une dispute, traîne sa stupeur et sa propre honte : celle d’avoir été abandonnée. Plutôt que de la dépeindre en victime, Hugo Boris choisit d’accompagner son égarement jusqu’au point de rencontre avec une autre solitude, une autre vie hantée par l’absence. Ainsi, avec pudeur et maîtrise, par le biais de deux blessures, ancienne pour Andrew, encore béante pour Magali, sur fond de conflit dont il convoque l’absurdité et l’horreur, le romancier offre un sobre et doux plaidoyer pour la paix avec soi.

Hugo Boris, “Débarquer”, Grasset

Tous les livres sur les genoux de Carole Zalberg sont là.

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