Italie-France. Une histoire d’amour. Une belle histoire d’amour que Philippe Vilain a fait raconter à des écrivains et des écrivaines français dans un recueil de “récits brefs” formidable ! E viva Italia ! Avec les souvenirs d’hier et de demain.
L’Italie vient de remporter l’Euro de Football contre l’Angleterre et un peu partout, en France, la diaspora italienne mais aussi simplement de nombreux français ont manifesté leur joie. Une façon pour nos compatriotes de manifester leur traditionnelle hostilité face à l’Angleterre, mais aussi plus largement de rappeler à quel point l’Italie et la France sont les deux piliers d’un même temple. Le temple de ce que l’on pourrait appeler, peut-être, l’humanisme artistique. Cette notion qui place au centre de tout à la fois l’Homme et l’Art. Cette façon de vivre et d’être qui fait de nous des latins un peu différents des Espagnols ou des Portugais. Bref, France-Italie, Italie-France.
En France comme en Italie, nous avons le goût démesuré pour la recherche de la beauté, pour une forme d’exubérance, pour être – malgré tout – une source d’inspiration pour le monde. Dante et Molière se parlent. Des liens indestructibles existent entre nos deux pays. Des points communs aussi. Des différences, enrichissantes, forcément. “Les Italiens sont des Français de bonne humeur”, s’amusait Jean Cocteau qui aimait, comme Lamartine, Stendhal, Ernaux, Montaigne, Sollers ou l’auteur de ces quelques modestes lignes, démesurément ce pays.
Pour prolonger, pour cultiver, pour débuter une histoire d’amour avec l’Italie, pour vivre la douceur d’un apéritif à Milan, pour éprouver un sentiment de vertige devant la beauté de Procida, pour s’agacer en adorant cela à Naples, pour manger des pâtes des vraies, pour se sentir en voyage à l’étranger tout en étant chez soi, Ernest a déniché pour vous le livre idéal. C’est un recueil de “récits brefs” dirigé par l’excellent Philippe Vilain (Pas son genre, Paris l’après-midi, La femme infidèle etc...) intitulé “Bella Italia” paru aux éditions de Grenelle et signés d’une kyrielle fabuleuse d’écrivains et d’écrivaines hexagonaux.
Plus qu’une déclaration d’amour à l’Italie, ce bouquin est l’Italie. Dans son originalité, dans sa variété, dans sa beauté, dans sa nostalgie, dans son goût pour l’avenir, dans son sens du théâtre, dans son humour aussi. “L’Italie, mère des Arts, nous fait sentir tout le tragique de la beauté, une beauté dont les dangers nous affolent jusqu’au vertige, qu’ils nous fassent mourir à Venise, nous invitent à voir Naples et mourir, où nous donnent comme à Stendhal, une ivresse toute extatique, métaphysique de la Felicita. C’est aussi que l’Italie précède toujours l’Italie dans notre esprit, c’est que nous la connaissons avant de la connaître, c’est que nous sommes nourris de ses images avant que de les avoir contemplées. Et en effet nous n’allons peut-être pas en Italie que, enivrés du verbe de sa beauté, nous n’entrons dans un royaume plus sensible, atemporel : la Stendhalie. Aller en Italie, c’est pour un écrivain français parcourir le territoire de la Stendhalie, c’est traverser le désir-même. Tous nos écrivains ont des images d’Italie dans le cœur, des éblouissements en mémoire, des cartes postales lumineuses de vacances, des joies simples comme le goût subtil de gelato al limone, des souvenirs de voyages en train, de flirts et de romances solaires ; ils éprouvent une tendresse infinie pour la discrète Turin, les trop méconnues Ancône, Vintimille ou Sanremo, Trieste ou la mal-aimée Naples, et leurs flâneries dans les musées florentins, les églises vénitiennes, les rues siciliennes, sur les bords des lacs lombards ou sur les sentiers étroits de Capri qui dominent la mer, où les statues de pierre décrépite, à l’ombre d’un pin parasol ou sous le feuillage tombant d’un oranger, laissent entrevoir la possibilité de l’éternel”, narre Philippe Vilain dans son avant propos. Il parle des “écrivains français”. C’est normal puisque ce sont eux qui écrivent le recueil. Cependant, comme nous, faites l’essai de remplacer dans ce paragraphe de Vilain le mot “écrivain” par celui de “citoyen”. Vous verrez que vous y souscrirez. Vous verrez alors un peu, beaucoup, ou passionnément une part italienne de vous. Ce seront nos belles italiennes.
Belles italiennes. Les vôtres. Les nôtres. Les miennes. Je me souviens des raviolis concoctés avec la machine à pâtes de ma grand-mère chantant des airs d’opéra, je me souviens des festins de ma tante de Turin où l’on mangeait toujours plus que de raison, je me souviens des déambulations avec mon oncle dans la ville, je me souviens du mariage d’un cousin en Italie où une meule de Parmesan ornait le buffet, je me souviens du scooter en Sicile, des rigolades avec les cousins sur le Calcio, je me souviens de Vialli, de Baggio, de 2000, et de 2006, de l’odeur des pizzas de ma mère qu’elle ne fait que l’été car “les tomates sont meilleures“, je me souviens de moments parfaits avec mes cousines à la plage près de Gênes, je me souviens de ce prof d’Italien à Sciences Po qui nous parlait de la cuisson des pâtes en disant que celles-ci devaient “nager dans l’eau mais pas trop longtemps”, je me souviens de la découverte de la Farinata dans les ruelles de Gênes avec mes cousines, je me souviens de la beauté de la Toscane, de cette course du Palio à Sienne, de Florence, des multiples séjours à Rome où je rêve de vivre, je me souviens du Vespa de Nanni Moretti dans “Journal Intime”, je me souviens des textes de Pasolini, de la Vie est Belle, je me souviens de l’Italie qui irrigue mes veines, je me souviens des photos de mon arrière grand-père pizzaiolo, je me souviens d’avoir été à l’étranger et d’être chez moi, je me souviens d’une discussion face au golfe de Naples avec mon hôte qui me disait que c’était Dieu qui avait créé cette beauté avant que nous parlions de nourriture et de calcio, je me souviens des cafés offerts dans les bars de la ville les lendemain de match remporté par le Napoli , je me souviens d’une Italie que j’ai toujours et en permanence envie de partager, je me souviens d’une Italie qui me fait rire et qui me fait pleurer, je me souviens de mon émerveillement lorsque j’ai enfin vraiment su parler la langue, je me souviens de ces routes prises en voiture qu’un jour je referai à moto, je me souviens de Capri, je me souviens de Procida où je cherchais Il Postino, je me souviens de Taormina, je me souviens de Noto, de Lecce, de cette Italie du sud si généreuse, de Venise… Je me souviens d’un lieu unique à Ischia, je me souviens qu’il faut toujours manger des pâtes, je me souviens des apéritifs de Milan, je me souviens qu’il faut se créer de nouveaux souvenirs…
La semaine prochaine, pour la dernière avant la trêve estivale, nous vous parlerons de trois livres italiens contemporains à lire absolument. E bella l’Italia !
Toutes les inspirations d’Ernest sont là.
Crédit photo de Une : “Plage de Positano” – DM.

