Dans un essai publié aux éditions de l’Aube, un an après la crise des gilets jaunes, Olivier Faron et Thibaut Duchêne, cadres du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), livrent des solutions concrètes pour ragaillardir la formation républicaine.
« Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple » avait lancé Danton, dans une formule restée fameuse. Or, bousculée dans ses certitudes par un mouvement social d’une ampleur rare, les élites aux manettes eurent l’occasion de mesurer, au cours des derniers mois, combien la France d’en bas souffrait et ne croyait surtout plus en notre système pour rétablir justice sociale et équité. Samedi après samedi, le peuple des zones rurales et celui des périphéries abandonnées se donnaient rendez-vous dans les centres névralgiques du pouvoir. Pouvoir d’achat, fermeture des services publics, retraites : il flottait alors comme un parfum insurrection dans l’air et bien des questions. Parmi celles-ci : la République sait-elle encore former ses enfants ? Le fait-elle, pour tous, efficacement ? Autant d’interrogations reprises à leur compte par Olivier Faron et Thibaut Duchêne dans un essai vivifiant, Former. Tout à la fois provocateur et incontestable, le parti pris des auteurs est le suivant : sociologiquement, les Gilets Jaunes menèrent une révolte d’actifs. « Le niveau moyen de qualification des protestataires se situe au niveau du bac professionnel, explique Olivier Faron. Cela n’a rien d’étonnant. Pour progresser dans leur carrière, ces gens auraient besoin de formation continue, de montée en compétence. Or, notre système ne prévoit rien en ce sens. Et, pour cause : il ignore l’idée même de seconde chance. Seul compte le diplôme acquis. » Comment donc inverser la tendance ? Pour l’expliquer, le tandem Duchêne-Faron se fonde sur son expérience pratique de la question, depuis le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). En charge de la stratégie du développement de ce réseau de 150 antennes hexagonales, 70 000 auditeurs et 5 000 enseignants et personnels administratif, Thibaut Duchêne ne s’interdit pas le recours à l’utopie concrète. « Pour demeurer confiant face à l’avenir, explique ce dernier, le service public doit être refondé, repensé, redynamisé et réaligné avec les attentes de nos concitoyens, sur tous les territoires. La formation initiale ne doit plus avoir la place écrasante qui est la sienne. Elle ne doit plus distribuer de manière irréversible les places entre supposés gagnants et perdants dès leur sortie de l’adolescence. La formation continue doit être l’occasion de saisir, une deuxième, une troisième, une énième chance ». Il y a urgence.
Des idées à foison
Envisagé comme une réponse à la crise des Gilets Jaunes permettant de refaire de la République une fabrique à citoyens, le plan présenté par les auteurs tient en trois grands actes : former tous les publics, former autrement et former partout. Tout au long de leur démonstration, ceux-ci énoncent solutions et propositions chocs, Parmi lesquelles la mise en place d’un « service universitaire universel ». L’idée est la suivante : « Tout jeune, quel que soit sa situation, son passé, l’avenir dans lequel il se projette, aurait accès à une année universitaire, au moment de sa majorité, pour s’y ressourcer, s’y mêler à d’autres, notamment ceux qu’une ségrégation de plus en plus marquée éloigne en général de ce trajet. Un sas d’une année, pour susciter sa curiosité goûter au plaisir du savoir, dans un environnement ouvert à chacun, à la carte, traduisant un message implicite très simple : tout est accessible, tout est possible. » Cela suppose, on le mesure bien, de refonder notre système d’éducation autour de l’université. D’en faire, au-delà de l’objectif pédagogique, l’équivalent du service militaire de jadis : un viver du vivre-ensemble. D’autres idées fusent encore. Tel l’impératif de passer d’un modèle basé sur le « bloc de connaissances » à un système organisé autour du « bloc de compétences ». Des compétences qui s’additionneraient au fil du temps et des évolutions de carrière, s’emboiteraient comme un jeu de construction. Une sorte de jeu de Tétris du développement personnel et professionnel visant à atteindre à atteindre l’objectif nietzschéen suprême : devenir soi-même.
Toutes les inspirations d’Ernest sont là.


