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Altérité

Alterite

« Nous sommes tous les témoins passifs d’une barbarie sans cesse renouvelée » écrivait l’auteur et philosophe allemand Gunter Grass. Évidemment, au moment de se souhaiter une bonne année et de poser les bonnes résolutions pour 2019, penser à cette citation est une façon de nous interroger, encore et toujours, comme tous ces écrivains que nous aimons, sur ce qui nous meut et sur ce qui nous met en mouvement. « Témoin d’une barbarie sans cesse renouvelée », écrivait donc Grass. Comme si au fond, dans une volonté inversée il nous invitait non pas à exclure mais à inclure et surtout, surtout, à ne plus montrer du doigt mais plutôt à tendre la main à l’autre.

 Nous y voilà donc. Tendre la main à l’autre. A cet inconnu qui peut nous effrayer. Certainement que dans les bonnes résolutions de chacun et de chacune d’entre nous pour cette année 2019, il y aura cette volonté de l’autre. Car au fond, ainsi que le rappelait Lévinas « à partir du moment où surgit le visage de l’autre ma responsabilité d’individu commence ».

Responsable de l’autre

Responsable de chacun et des autres. En humain. D’ailleurs, en ce 31 décembre nombre d’entre nous boirons pour se désaltérer. Et dans la racine de ce mot il y a « altérer ». Non pas au sens de dégrader, mais plutôt au sens de mettre de l’autre dans quelque chose. En se désaltérant, nous préparons le surgissement des autres dans notre année qui démarre.

Surgissement comme dans ce poème de Victor Hugo, intitulé « l’autre » dans l’Art d’être grand père ». L’autre ici, ce sont les enfants, petits, et si différents.

« Ce sont de jeunes voix matinales qui chantent.

Ils sont dans nos logis lugubres le retour

Des roses, du printemps, de la vie et du jour !

Leur rire nous attire une larme aux paupières

Et de notre vieux seuil fait tressaillir les pierres ;

De la tombe entr’ouverte et des ans lourds et froids

Leur regard radieux dissipe les effrois ;

Ils ramènent notre âme aux premières années ;

Ils font rouvrir en nous toutes nos fleurs fanées ;

Nous nous retrouvons doux, naïfs, heureux de rien ;

Le cœur serein s’emplit d’un vague aérien ;

En les voyant on croit se voir soi-même éclore ;

Oui, devenir aïeul, c’est rentrer dans l’aurore »

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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