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Montréal libre !

Jessica Podraza 524570 Unsplash

Un raton laveur dépecé et installé tranquillement dans une balançoire d’un parc de l’île de Montréal. Voilà une histoire vraie dont Sabrina Calvo fait le point de départ de son thriller proto-cyberpunk aujourd’hui Grand Prix de l’Imaginaire.LAVOLTE Toxoplasma Couverture

On connaissait Sabrina Calvo pour ses œuvres précédentes dont le superbe « Sous la colline » paru, comme « Toxoplasma », aux éditions La Volte. Roman à découvrir d’urgence d’ailleurs ! L’autrice a pour elle de savoir utiliser son environnement personnel comme déclencheur de ses romans : Marseille pour « Sous la colline » et Montréal pour « Toxoplasma ».

Malgré son sujet, ce roman peut se lire comme une utopie cyberpunk. Antinomie quand tu nous tiens. Dans un monde post-apocalyptique où les réseaux et autres formes de communication ont régressé, Montréal et son île ont déclaré une indépendance anarchiste. Sous la menace de forces extérieures, Nikki, détective pour chats et amatrice de films de série Z travaillant dans un vidéo club, va se lancer à la poursuite d’un tueur en série d’animaux. Une marque comme signature de ses crimes comme seule indice.

En parallèle, Kim et Mei se battent virtuellement contre un ennemi bien réel dans ce qu’il reste d’Internet. Le numérique plus fort que les balles. Pas sûr. Car malgré tout l’intérêt de cette utopie où le troc a remplacé le dollar, cette poche de résistance survit tant bien que mal. À la fin, les habitants le savent, l’assaut des forces militaires sera inévitable.

Le politique et l’anecdotique. C’est ce que nous pourrions penser en lisant les premières lignes. Un manifeste de liberté sur fond d’enquête policière. Missions presque impossibles. Et pourtant ! Le génie de Sabrina Calvo est de rendre ces deux lignes, quasi incompatibles sur le fond, cohérentes et indissociables.

« Le monde de 1989 n’était pas meilleur » qu’il ne l’est aujourd’hui et qu’il le sera demain. Cette nouvelle Commune aura tôt ou tard le même sort que celles qui l’ont précédée. Mais l’utopie demeure dans l’esprit des femmes et des hommes qui veulent souffler les vents de liberté. Sabrina Calvo ne nous dit pas que demain sera meilleur mais que c’est aujourd’hui qu’il faut le bâtir.

La norme imposée des sociétés libérales conduit inlassablement à l’uniformité de nos pensées, de nos pratiques. Les différents, toutes catégories confondues, sont donc à bannir. Anarchistes, utopistes, lGBT and Friends. C’est cette société que Sabrina Calvo combat. Celle qui élude, remplace, norme etc. La science-fiction de Sabrina Calvo, c’est une poésie intime, une littérature anarchiste et un manifeste politique.

Toxoplasma, Sabrina Calvo, La Volte, 19€

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