Et si le parcours de Théodora, impératrice et prostituée de Byzance, pouvait inspirer les femmes et les hommes d’aujourd’hui ? C’est en tout cas ce qui ressort du livre – excellent – de Virginie Girod dédiée à Théodora. Quand l’Histoire sert de guide…

Théodora ? Non, Virginie Girod ! Photo DM
Question : peut-on raconter avec fougue, passion et même sensualité l’Histoire du monde ? Réponse : oui. Il y a un an, Ernest était l’un des premiers médias à vous faire découvrir Virginie Girod et sa façon intelligente et accessible de raconter l’histoire et en particulier la Rome antique. Depuis, Virginie Girod a été repérée par plusieurs autres médias. Elle a publié un nouveau livre aux éditions Tallandier : “Theodora : prostituée et impératrice de Byzance”. Dans ce livre passionnant, l’historienne raconte avec moult détails les raisons du parcours sublime de Théodora. Comment est-elle devenue impératrice de Byzance ?
Comment est-elle parvenue à s’imposer en tant que femme dans cette Antiquité si masculine où les femmes n’avaient quasiment pas droit au chapitre ? Comment a-t-elle réussi à faire passer des lois en faveur d’une plus grande égalité ?
Tout cela est raconté – à la manière d’un roman enlevé – dans le bouquin de Virginie Girod qui sera le compagnon idéal de tous les amoureux(ses) d’Histoire durant l’été.
Théodora, c’est donc l’une des premières femmes qui est parvenu à s’affirmer dans un monde exclusivement masculin. C’est l’une des premières femmes à avoir fait en sorte de promouvoir d’autres femmes. C’est l’une des premières femmes à avoir fait en sorte que des mesures vers plus d’égalité hommes-femmes soient mises en place. De quoi nourrir une discussion passionnante avec Virginie Girod sur les enseignements que le parcours de Théodora peut revêtir pour les femmes (et les hommes) d’aujourd’hui. Quand l’Histoire devient un outil de développement personnel.
Premier enseignement : croire en soi et être certain (e) que l’on mérite le meilleur
“Cet aplomb et cette confiance inébranlable en elle est l’une des caractéristiques les plus fortes de Théodora. Elle a toujours été mue par cette idée de mériter le meilleur pour elle-même“, note Virginie Girod. Aussi, Théodora de par son parcours s’est extraite d’un milieu social du bas de l’échelle – elle était la fille d’un dresseur d’ours – pour devenir impératrice. Au lieu d’être une prostituée toute sa vie, Théodora n’aura de cesse d’aller vers le mieux. Pour cela outre son aplomb “fantastique dans des situations où elle était pourtant en infériorité“, Théodora possédait une véritable intelligence des situations et des sensibilités humaines. “Aussi fou que cela puisse paraître, même si elle était une prostituée, c’est elle qui choisissait ses amants“, raconte Virginie Girod.
Deuxième enseignement : faire de son corps un atout
“Faire de son corps un atout“. Vraiment ? En quoi cet enseignement peut-il s’appliquer aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui ? De plusieurs façons, selon Virginie Girod. “D’abord parce que Théodora avait compris avant Coco Chanel que l’on avait pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression“, mais aussi et surtout ajoute l’historienne car “faire de son corps un atout ne veut pas dire l’utiliser pour séduire sexuellement. Mais plutôt maîtriser son corps pour en faire l’un des outils de sa personnalité et l’habiter pour qu’il soit l’un des pans de soi-même plutôt qu’un simple objet de désir. C’est ce qu’a fait, tout au long de sa vie Théodora. Même une fois devenue Impératrice elle n’a pas perdu ses attributs féminins“. Pour l’historienne cet art de faire de son corps un atout que maîtrisait parfaitement Théodora est un enseignement pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui. “Non à la dictature de l’apparence, oui à la démocratie des corps et à notre capacité à habiter nos corps sans tabous ni complexes. Avec des codes tant masculins que féminins“, détaille Girod.
Théodora avait créé le Women’s Forum avant l’heure
Troisième enseignement : savoir s’entourer et créer un réseau de dépendances réciproques
Théodora avait inventé le “Women’s Forum”, il y a 1500 ans ! En effet, l’Impératrice avait compris bien avant certains hommes l’importance de la création d’un réseau de femmes fidèles avec lesquelles elle pourrait entreprendre de nombreuses aventures. “Sur ce point, le savoir faire de Théodora est réellement impressionnant. Elle avait compris que seule elle ne pourrait rien, aussi tout au long de son parcours elle a noué des relations de confiance, d’amitié et d’affaires avec des hommes mais surtout des femmes basé sur deux items : l’entraide et l’ambition“, analyse Virginie Girod. Ainsi, une fois parvenue dans les plus hautes sphères du pouvoir, l’Impératrice pouvait compter sur des femmes prêtes à se battre pour elle et la défendre. Par exemple, elle a arrangé les mariages de toutes ses amies avec des généraux de l’armée afin de disposer d’un réseau d’information puissant. De plus, avec son bras droit Antonina elle précipite la destitution du Pape de Rome, ou l’arrestation du précepteur des impôts en Cappadoce. Réseau puissant donc fait d’amitié, de confiance, mais aussi de services réciproques. 1500 ans avant nous, Théodora maniait déjà les codes de la politique et des groupes d’intérêts avec une très grande acuité.
Quatrième enseignement : trouver le bon partenaire de vie
Penser sa vie de couple comme un partenariat gagnant-gagnant. A l’étude de la vie de Théodora et de son empereur de mari, Justinien, on pourrait réellement penser qu’ils ont inspiré les créateurs de la série House of Cards avec les personnages de Francis et Claire Underwood (Kevin Spacey et Robin Wright, photo). Avec savoir-faire, Théodora a choisi pour partenaire Justinien, héritier du trône, alors qu’il n’avait que 17 ans. “Théodora ne va pas vers cet homme par hasard. Ils ont de nombreux points commun. Justinien n’était pas vraiment destiné au trône. Il sait ce qu’est la vie compliquée et l’escalade des différents échelons“, souligne Girod. Et d’ajouter : “Ensemble, ils font de l’empire une communauté de bien. Ils vont aller très loin dans cette logique avec la signature à deux des grands édifices comme la cathédrale de Ravenne ou la basilique de Sainte-Sophie, ou en s’alliant chacun à l’un des deux courants religieux de l’empire à l’époque. Cela pour que tout le monde se sente représenté“. Façon de dire que le ciment du couple est le projet commun plus que la vie sexuelle. Façon de dire aussi qu’aucun grand leader ne peut exister sans son alter-égo (masculin ou féminin). Enseignement puissant et passionnant qui met l’homme et la femme à égalité dans le couple.
Cinquième enseignement : Tout oser. Toujours plus d’audace.
L’audace. Toujours l’audace. C’est l’un des mantras les plus puissants de la personnalité de l’Impératrice Théodora. Tout au long de sa vie, elle va “au culot” tenter des choses impensables. Toujours cette capacité à oser et à faire ce que l’on attendait pas va être bénéfique pour elle. “Théodora n’a peur de rien ni de personne. Elle part du principe que comme elle n’est rien et qu’elle n’a rien à perdre, elle a tout à gagner à oser“, décrypte l’historienne. Aussi, par exemple, c’est elle qui en 532 alors que la sédition Nika (un soulèvement populaire à Constantinople) fait vaciller le trône de Justinien, harangue son mari et ses généraux prêts à rendre les armes pour les enjoindre à combattre. “Si on doit mourir mourons dans l’honneur“, leur dit-elle en substance. Même capacité à oser lorsqu’elle conduit Justinien à faire abolir, contre l’avis de ses parents, la loi l’interdiction de se marier avec une prostituée. Ainsi elle pourra convoler en justes noces avec le partenaire de vie qu’elle désire. L’audace, voilà l’un des enseignements les plus actuels de Théodora. Se démarquer par sa capacité à inventer des possibles inattendus.
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