2 min

La création, toujours

Arthur Franklin EIuqUQddc3Q Unsplash

Dans les moments où l’acceptation de l’inacceptable semble être devenue la règle à tel point que l’inacceptable semble même être devenu tendance, il convient de se tourner vers le passé. Toujours. Non pas parce qu’il se répète, mais parce que les forces qui font l’histoire restent sensiblement les mêmes. Surtout parce que regarder vers le passé permet, dans nos sociétés où la mémoire remonte à la minute précédente, de reprendre de la perspective.

A ce petit jeu du passé, du présent, et de l’avenir, la semaine qui vient offre une délicieuse perspective. Mardi nous serons le 6 février. Il y a 90 ans, jour pour jour, des factions d’extrême droite emmenées par l’Action Française, se donnaient rendez-vous devant l’Assemblée nationale pour renverser le régime parlementaire de la IIIème République. Dans les slogans : une demande d’autorité, une haine viscérale contre les « élites » qui gouvernent et sont « déconnectées » du fameux « pays réel » cher à Charles Maurras. Dans la rue, ce jour-là, la République flanche. Elle est attaquée de toutes parts et manque de sombrer. Cela arrivera, quelques années plus tard avec la collaboration durant laquelle toutes les ligues d’extrême droite présentes ce 6 février se vautreront au mépris de ce qu’était réellement la France et de ce que signifiait la République.

Toute résonance avec des éructations sur les réseaux sociaux, des manifestations où l’on prend pour cible les « élites », et où l’on vilipende une « République » inexistante n’est pas fortuite. Elle est faite sciemment par l’auteur de ces lignes dominicales.

Mais dans sa grande bonté, comme il sait qu’il convient de toujours regarder l’étoile polaire de l’espoir, il convoque une autre perspective du passé qui éclaire notre présent et notre avenir.  Dans cette semaine, jeudi, nous serons le 8 février. Et, en 1916, ce jour-là, Tristan Tzara proclame l’avènement du mouvement Dada contre l’absurdité de la première guerre mondiale.

Un mouvement qui sera la préfiguration, quelques années plus tard, du mouvement surréaliste des Dali, Breton, Apollinaire,  Picasso et les autres. Un mouvement en réaction à l’absurdité, qui affichait l’ambition de transformer les formes et les mœurs. Et aussi, le monde.

Dans notre époque, ces deux mouvements s’affrontent encore. D’un côté les nostalgiques autoritaires qui ne rêvent que de restreindre nos libertés pour se protéger de problèmes imaginaires et surtout pour faire en sorte que la société soit gouvernée par la peur et l’affrontement. De l’autre côté, la force du progrès et de la création. Jamais cette force n’abdiquera. Jamais elle ne se laissera avoir par la bêtise des tenants de l’ordre et de la sécurité qui ne sont que des faux nez pour dire qu’ils restaureront l’ordre moral et la pensée unique. Revoir Starmania. Voir le « Daaali » de Quentin Dupieux.

Savoir que ces deux forces centrifuges de l’histoire sont toujours là. Savoir qu’aujourd’hui, clairement l’une est plus puissante que l’autre. Savoir aussi que rien n’est perdu. Que la force du progrès et de la création finissent toujours par l’emporter contre la momification du monde dans un ordre supposée. Savoir, aussi, que dans les cafés, partout dans ce monde, des créateurs progressistes se retrouveront cette semaine.

Bon dimanche,

L’édito paraît le dimanche dans l’Ernestine, notre lettre inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit) et le lundi sur le site (abonnez-vous pour soutenir notre démarche)
 
Tous nos éditos sont là.

Laisser un commentaire