Entre sport et littérature, l’appel du journalisme et de la radio trace la voie d’Aurélie Bambuck. Autour des mots, écrits et dits, entre deux éclats de rire, son goût des autres se retrouve engagé dans les livres qu’elle offre. De Fombelle à Taniguchi sans oublier Blondin, Homère ou Jules Verne. Des auteurs qui ont ouvert le monde de la co-autrice de la bande-dessinée Pacotille.
« J’offre principalement des livres à mes enfants. Accaparés par les écrans, je veux qu’ils lisent des mots et des phrases imprimés. J’essaie de leur proposer de bonnes histoires. Je suis donc une fidèle cliente de ma librairie indépendante préférée, Au petit chaperon rouge, à Bordeaux.
Pendant longtemps, la petite histoire du soir était accompagnée par Alma, le vent se lève, (Gallimard jeunesse) de Timothée de Fombelle sur fond de l’histoire de l’esclavage. Je profite de cette transmission pour les ouvrir à d’autres littératures que celles qu’ils découvrent à l’école. Je suis également leurs propres goûts. Les youtubeurs écrivent aussi, pas toujours très bien, mais ce sont quand même des mots, alors je n’échappe pas à ce type de livres non plus (rires).
J’aime bien ce rapport à l’objet et au plaisir de lire. Comme mes enfants me racontent ce qu’ils lisent, cela provoque une discussion. Cela les entraîne à partager des histoires en éliminant les contraintes scolaires. Quand j’étais enfant, mes parents (Roger Bambuck, athlète et secrétaire d’état à la jeunesse et au sport 1988-91 et Ghislaine Barnay, athlète et enseignante à l’INSEP NDLR) m’ont transmis cet attrait pour les livres. Je trouvais de tout dans leur bibliothèque. Mes premiers souvenirs de livres ont existé grâce à Astérix. J’ai vécu dans une famille engagée pour ses idées par le sport et la culture. A l’adolescence, j’ai commencé à m’ouvrir à la philosophie grâce aux essais que possédait mon père. D’ailleurs, je lui disais : « quand je serai plus grande, je voudrai être philosophe pour être payée à réfléchir » (rires). J’ai adoré L’Illiade et l’Odyssée d’Homère. Ces histoires de dieux et de déesses me fascinaient. Je me plongeais dans tous les volumes de l’encyclopédie Universalis. Cela entrainait les yeux tellement c’était écrit petit ! (rires). Cela m’a surtout donné l’envie de la recherche et de la découverte.
J’adore offrir des mangas et notamment Jiro Taniguchi, Quartier lointain ou Soleil radieux (Casterman). Cela m’a ouvert à d’autres formes de manga. Au service culture de France Inter, j’ai couvert le festival d’Angoulême, cette histoire m’a transportée ! Revivre sa vie avec son cerveau de quarante ans dans un corps d’enfant m’a beaucoup ému. J’ai trouvé cette idée géniale.
“Lire délivre”
La littérature de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers (Éditions Pierre-Jules Hetzel), a été déterminante pour moi. Elle représentait à la fois l’imaginaire et le voyage. Pour moi, lire délivre. Ce pourrait être une punchline ! (rires). Quand on est emporté par une histoire, cela crée un déclic en soi. Je recherche toujours cette sensation de déclic et j’attends que l’histoire entre en résonance avec ce que je vis ou ce que je voudrais vivre. Les livres de Jules Verne m’ont donné à regarder par les mots. Et ensuite, en tant que journaliste radio, j’ai eu envie de donner à voir par le son. Quand j’ai débuté la radio à Radio France, et à France Inter, j’ai découvert des plumes. Au service des sports de la station, j’ai appris à donner à imaginer en décrivant des compétitions ou des situations. Cela m’a donné le goût des mots et l’envie de les mettre en ondes. Je ne peux pas concevoir d’écrire sans dire. Les dire donne vie aux mots. Par exemple, Patrick Grivaz, journaliste de Formule 1 et de rugby, posaient des images incroyables dans ses récits. En discutant avec lui, je cherchais à savoir comment il arrivait à produire un tel effet. Il m’a naturellement amené vers Antoine Blondin. J’ai découvert alors que mon père avait certains de ses livres. Je me suis plongée dans L’ironie du sport (Julliard). J’adore cet ouvrage ! J’ai baigné dans un monde sportif et culturel. J’ai côtoyé Guy Lagorce, ancien athlète, journaliste et écrivain. Ses œuvres m’ont transportée.
La transmission est centrale grâce à la littérature. Pour travailler avec Corbeyran sur le projet Pacotille (bande dessinée pédagogique racontant l’histoire de l’esclavage destinée aux enfants NDLR), je me suis documentée en m’appuyant sur plusieurs ouvrages comme L’histoire des Antilles françaises (Editions Perrin) de Paul Butel, de Victor Schoelcher, ou encore de livres de Jean-Baptiste Du Tertre ou encore Ma véridique histoire (Mercure de France) d’Oulaudah Equiano. Il est toujours intéressé de croiser les points de vue. Cela m’a permis d’être au plus près de la réalité de ce que vivaient toutes les populations engagées. Cela permet de raconter des histoires au plus près de l’individu. L’identification est plus forte ».
Pacotille, tome 1 (Jungle), Corbeyran, Bambuck / Berlion.
Crédit photo : Jean-Michel Destang
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