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Pourquoi écrivent-ils aussi pour les jeunes ? Ep.2 : Delphine Bertholon

Delphine Bertholon 2 Crédit Virginie Faucher

De plus en plus d’auteurs de romans adultes écrivent des livres jeunesse ? Qu’est-ce qui les motive ? Analyse d’un phénomène littéraire qui s’amplifie. Ernest a rencontré trois auteurs à succès pour essayer de comprendre : Alexandre Jardin ( à lire ici) , Delphine Bertholon et Michel Bussi et c’est une véritable ode pour le livre jeunesse qu’ils nous livrent. Episode 2 : Delphine Bertholon.

Delphine Bertholon, est auteure et scénariste. Elle a publié sept romans aux éditions Lattès dont « Twist » et « Grâce » vendus chacun à 20000 et 30000 exemplaires. « Celle qui marche la nuit » est  son deuxième roman jeunesse.

Pourquoi avoir écrit ce nouveau roman jeunesse ? Allez-vous alterner roman adulte et roman jeunesse ? Qu’est-ce que cela vous apporte d’écrire pour la jeunesse ?

J’ai adoré l’expérience vécue avec « Ma vie en noir et blanc » (paru chez Rageot), notamment les rencontres avec les collégiens, quand j’étais habituée aux lycéens et aux adultes. Maÿlis de Lajugie, aujourd’hui éditrice chez Albin Michel jeunesse, au domaine étranger, fut l’une des éditrices de mes premiers romans chez Lattès, et nous n’avons jamais perdu contact. Elle m’a présenté Karine Van Vormhoudt, qui publie « Celle qui marche la nuit » : c’est grâce à cette rencontre que l’aventure de Malo a commencé. J’espère, en effet, continuer à écrire pour les deux publics. Ce qui est formidable avec le jeune lectorat, c’est qu’il n’a pas d’a priori : il se fiche de l’auteur, de la maison d’édition, de la revue de presse… Le texte lui plaît, l’embarque… ou pas ! La pureté et la spontanéité de ces retours sont très intéressantes pour un écrivain : contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est un public exigeant, qui ne fait pas de cadeau, mais qui peut aussi s’enthousiasmer totalement. Donner envie de lire aux adolescents est une chose fabuleuse, gratifiante, nécessaire, qui fait aussi partie de mes motivations.

Votre roman est palpitant, intriguant, mystérieux avec du suspens, du surnaturel. Le lecteur est happé par cette histoire et par le courage dont fait preuve ce garçon et sa petite sœur pour trouver des réponses.  Comment vous est venue l’idée de ce roman sur les phénomènes paranormaux ? Croyez-vous qu’ils existent ?

Je suis une grande adepte des films d’horreur, en particulier des histoires de maison hantée. J’avais déjà joué avec ce motif dans « Grâce », mais tout (ou presque !) s’explique de manière rationnelle, le poltergeist étant davantage de l’ordre de la métaphore. Avec « Celle qui marche la nuit », j’ai pu assumer un véritable fantôme, chose que je n’avais encore jamais osé faire. Je me suis beaucoup amusée avec les codes du genre, à explorer et exploiter mes références, mes peurs… Quand on écrit un scénario, on parle de « fantôme » pour désigner ce qui hante – consciemment ou non – le héros (traumatisme, secret, phobie, etc.). Cette notion me semble très juste, d’un point de vue psychologique. Malo trimballe son propre fantôme, c’est-à-dire la mort prématurée de sa mère. J’aime aussi travailler les lieux comme projections de l’inconscient, l’espace objectif distordu par les émotions des personnages : Malo projette sur la Maison des Pins sa frustration, sa solitude et sa tristesse. Son enquête lui permettra de dépasser ces sentiments négatifs, de faire taire le fantôme présent dans la maison, mais également le sien. Dans la vie réelle, je ne crois pas vraiment aux fantômes… Néanmoins, je crois que nous vivons avec eux, tous autant que nous sommes. Ils sont nos blessures, nos angoisses, mais aussi nos disparus, ces gens que nous gardons vivants dans notre cœur. Par-delà leur aspect ludique – quand on aime se faire peur ! – les « histoires de fantômes » sont surtout des histoires de mémoire et de résilience, deux thématiques qui me sont chères.

Est-ce que l’écriture est la même sur un roman adulte et un roman jeunesse ? Votre double casquette de scénariste vous a-t-elle aidée sur ce roman ? De quelle manière ?

Mes livres plaisent souvent aux jeunes (à partir de 16-17 ans) et j’ai mis en scène de nombreux personnages d’enfants ou d’adolescents. Je n’ai donc pas la sensation de travailler de façon très différente, c’est même un mouvement assez naturel. A bien des égards, « Celle qui marche la nuit » ressemble à mes romans pour les « grands » : on y retrouve d’ailleurs mes thèmes habituels (l’innocence blessée, la solitude, l’enfermement, le secret de famille…) L’écriture de scénario, le cinéma et les séries m’ont appris un certain sens de l’efficacité narrative : jeu sur le suspens, principe du « cliffhanger », ancrage visuel des scènes, dialogues réalistes… J’utilise ces ressorts dans tous mes romans, mais c’est encore plus important avec un public qui privilégie avant tout l’histoire et peut s’ennuyer rapidement. J’ai aussi tendance à mettre davantage d’humour, à jouer avec des dialogues plus naturalistes… Mais je reste dans une veine qui m’est propre, celle du roman psychologique, même en écrivant, comme ici, un thriller fantastique. La principale différence, par rapport à mon écriture pour adultes, réside peut-être dans une attention accrue à délivrer le juste message (je me refuse à parler de « morale »), le texte s’adressant à des lecteurs dont l’esprit critique n’est pas encore affirmé. Et je pense aussi, bien sûr, à ce que j’aimais lire quand j’étais gamine, à une époque où l’offre en jeunesse n’était pas aussi fournie qu’aujourd’hui et où la lectrice que je fus s’était rapidement tournée vers des textes de littérature générale (Stephen King, Agatha Christie, Patrick Cauvin, Exbrayat…). Je convoque, disons, d’autres sources d’inspiration, d’autres références.

Selon vous, est-ce que tous les romanciers de livres adulte sont capables d’écrire des livres jeunesse ? Quelles qualités faut-il pour écrire un ouvrage jeunesse ?

Il faut, avant tout, avoir envie de travailler des personnages adolescents, à hauteur d’adolescents. Et avoir gardé une part d’enfance bien vivace ! Mais c’est le cas de beaucoup d’auteurs, sinon nous ne ferions pas ce drôle de métier… J’ai encore peu d’expérience en littérature jeunesse mais, d’instinct, j’ai le sentiment qu’il ne faut ni penser ni écrire trop différemment (même si, pour un lectorat de moins de onze ans, l’exercice serait tout autre). C’est pour moi l’écueil majeur à contourner : sous-estimer son public, ne pas lui faire confiance. Cela évite une autocensure sans fondement ou d’appauvrir un texte que de jeunes lecteurs sont parfaitement aptes à saisir. Je ne limite ni le vocabulaire ni les figures de style, j’ose des constructions qui ne sont pas forcément linéaires ; mais j’essaie de créer une histoire prenante, des personnages attachants, de transmettre de l’émotion… exactement comme quand j’écris pour les adultes, finalement !

 

Photo Delphine Bertholon

Un formidable roman haletant et intriguant-

Le surnaturel au cœur de cette histoire où la vérité va éclater.
Malo, 15 ans, Parigot pur souche, déménage à la campagne avec Jeanne sa sœur de 5 ans et ses parents. Dès son arrivée dans la maison des Pins, il a une sorte de pressentiment. Confirmation la première nuit où Jeanne pousse des hurlements et ressemble à une poupée en porcelaine. Flippant ! Jeanne est bizarre, chuchotant toute seule. Seul Malo s’en rend compte et personne ne le croit à cause de son côté fantasque. Il a peur, il pense à l’Exorciste. Jeanne lui demande son aide pour aider Pauline. Qui est-elle ? Quel secret cache cette maison ? Il va enquêter avec l’aide de son amie Lili.
Collection : « Wiz » –  Age : dès 12 ans – Prix : 12,90 € – Editeur : Albin Michel – Auteur : Delphine Bertholon.
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